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 Voyage maussade [PV ]

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Mikaël Eòghan
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MessageSujet: Voyage maussade [PV ]   Sam 29 Mar - 15:50

Mikaël était passablement ennuyé. Ce n’était pas tant le fait d’y aller, c’était la perte de temps que cette action entraînait. Fort heureusement, il n’avait pas à aller aussi loin. Devoir traverser en entier un continent pour rester dans un lieu paumé moins d’un après-midi, cela aurait été stupide et une privation d’énergie plus rentable ailleurs. Il n’était pas là pour Tan, et avait préféré demander la faveur à son maître d’utiliser le peu de magie qu’il lui restait pour vérifier de lui-même.

Cela avait été d’abord un demi-sourire, moqueur. Les mèches ébène tombaient partiellement sur les deux émeraudes, suffisamment pour que l’on soit troublé, incapable de déchiffrer ce que ces prunelles reflétaient. Un mélange de sentiments, comme une palette de peintre, où les crins de soie d’un pinceau sculpté auraient amener chaque nuance au centre pour former une mare, ni belle ni laide, juste une couleur psychédélique qui n’existait pas. Comment la décrire alors ? C’était un peu ce que lui faisait les yeux du quatrième Dieu. Mais Mikaël était tellement détaché, et depuis si longtemps, d’une perception normale des choses et de la vie que la question ne la tourmentait pas. Peut-être était ce pour ça qu’il était l’une des rares personnes qui avaient le privilège d’être proche de lui, dans la mesure où ce terme pouvait s’appliquer relativement. L’hybride avait suffisamment été dans l’ombre de la pièce haute en sa compagnie pour savoir que Fall n’était pas, comme tout les dieux, sain d’esprit. Enfin, au niveau mortel des choses.. Mais il possédait une redoutable intelligence, et cela semblait être son caractère. D’ailleurs, Mikaël était souvent sur le point de le croire, car il était tellement imprévisible et différent. Mais qu’il soit dans n’importe quelle humeur, il était évident que le dieu ne possédait pas un caractère un tant soit peu humain. Voilà pourquoi le demi Erewent ne pouvait pas vraiment se prononcer. Comment faire un constat plus simple à comprendre, alors que même lui avait du mal à expliquer ses ressentiments ? Fall ne possédant pas un caractère humain, donc incompréhensible pour quelqu’un, on pouvait très bien dire que le voile de folie qui semblait le prendre était seulement une autre facette de son caractère. Mais Mike avait parfois l’impression que même pour un dieu, cela n’était pas normal…

De toute façon il n’était là que pour lui obéir. Conséquemment, cela n’influait pas le moins du monde son comportement et son application envers le dieu et la guilde. Et puisque cette dernière divinité avait accepté sa demande, il n’avait pas à un faire toute une dissertation mentale. La chose était qu’il avait optée, à la place, de venir à Breizth où il était de légende commune que les druides se réunissent ici. La magie semblait y être plus forte qu’à Meath ou Dahut. Pourquoi ? Dahut était, c’est vrai, d’une taille plus petite que ses aînées. Mais Meath était le continent politiquement parlant le plus important d’Erin. L’explication la plus plausible, celle que lui avait enseignée Lin à ce qu’il semblait une éternité du moment présent –normal, entre temps il avait perdu une fois la vie- était que Breizth se trouvait être le plus vieux continent. La première terre. Association au volcan, et à la masse rocheuse qui s’était affaissée avec le temps. Oui, il était probable que la plus vieille des terres soit le continent de Ker-Brenn et qu’à cause de cela, la magie y était plus forte. Explication valable pour les Gallisenaes, les Tertres… Et pourtant c’était un pays si désolé, si vide, et pas le plus accueillant. Ce n’était même pas un paradoxe…


*Je m’occupe vraiment de futilité* songea Mikaël en se débattant avec la végétation luxuriante et humide. La forêt de Ryan était immense et couvrait une bonne partie du territoire sur la largeur. Il n’était pour l’instant qu’à l’orée de la forêt, à pieds. Il ne partirait en toute logique que lorsqu’il en aurait envie. Et pour l’instant, il hésitait sur la marche à suivre. Il voulait retourner à tara le plus vite possible ; mille affaires l‘attendaient, et ‘hyperbole n’était pas de trop. Mais il se demandait s’il ne valait pas mieux appeler Nathaniel, ou un autre, pour le suivre. Il s’était mal organisé, il fallait le reconnaître, et pourquoi ? Parce qu’il n’avait pas du tout la tête à ce genre d’occupations ; c’était surtout une corvée, et un prétexte pour l’éloigner quelques jours de la Tour où Fall organiserait ses plans avec Dachna Mira comme bon lui semblait. En était-il touché ? La question était vaste. En fait, il se sentait plus agacé qu’autre chose car il savait parfaitement que Fall appliquait le même comportement ici que dans les cas où il manquait de frapper la première personne qu’il voyait –Mikaël en l’occurrence-, c'est-à-dire qu’il s’amusait à l’énerver en toute connaissance de causes. Un peu comme une passe magnétique ; Fall se débarrassait de sa propre frustration en exaspérant Mikaël qui prenait tout sur lui. De toute façon, l’hybride était habitué et n’y prêtait pas beaucoup d’attentions. Plus qu’il ne voulait se l’avouer, par contre…

Ruminant encore son amertume quant à sa situation, Mikaël continuait d’avancer aux milieux des arbres doyens. Les végétaux profilaient des nuances de verts et de marrons qui aurait rendu fou un artiste. Les fougères jaillissaient de partout pour côtoyer buissons et bruyères, pêle-mêle au milieu des troncs rugueux qui étaient disposés sans aucun sens logique. C’était une forêt où l’homme, bien qu’ayant largement déboisé certaines parties, n’avaient pu y mettre de l’ordre. Certaines feuilles et fleurs avaient même des reflets bleu roi ; en cette saison où la nature revivait, l’odeur d’humidité et d’anciennes pluies hantait les sous-bois. Mikaël savait plus ou moins où se situait le Bosquet qu’il cherchait ; même sachant parfaitement qu’il ne pouvait y accéder, il voulait juste vérifier les anciennes cartes de la Guilde. La « guerre » était si longtemps rester à l’état de stagnation que chacun des deux camps avaient depuis longtemps perdus leur motivation, et ne s’était plus tellement occupé de l’autre. Du coup, cela devait faire plus d’un siècle qu’ils n’épiaient plus les moindres faits et gestes des Gallisenaes. Mikaël était donc présent seulement pour valider quelque chose d’infime. Une tâche que quelqu’un d’autres auraient pu accomplir, encore une fois, mais l’humeur sombre de l’hybride refusa de remettre le sujet sur le tapis.

Sa progression était tranquille, et il veillait de ne pas s’écarter trop de la lisière. Il fallait qu’il retourne à Ker-Brenn avant la nuit. Lorsqu’une légère toux le prit, il regretta un instant de ne pas avoir apporter sa cape. Cela aurait été stupide et dérangeant, dans une forêt si drue, mais il espérait ne pas tomber tout aussi bêtement malade à cause de l’air frais de ce mois d’aube de printemps. Comme d’habitude, il était vêtu de la manière la plus classique et habituelle qu’il soit pour lui. c'est-à-dire en noir. Cette couleur discrète, il l’avait pris en affection. Ce n’était pas tant que ce soit une nuance qu’il apprécie mais elle correspondait parfaitement à ce qu’il était. La couleur la plus adéquate, cependant, aurait été le gris.

Parce qu’il était aussi vide et plat intérieurement. Vide… Vraiment ? Quand est ce que le néant avait tout effacé ? Il était dans cet état depuis si longtemps que cela lui avait toujours semblé naturel. Pas aux autres. Trois personnes, au moins, le lui avaient fait la remarque. Parfois c’était un reproche. Et d’autres fois, juste une constations. Fade, sans relief. Détaché. Ailleurs. Une pierre devait avoir autant de capacité émotionnelle que lui. « Vraiment ? » chuchota une voix aux intonations connues. « En es-tu certains ? Tu sais toujours tout, non ? Tu devrais savoir alors… » Quel mot avait-il employé, déjà ? Un mot qui signifiait gouffre. Abîme. « Parce que même le vide a un fond ». Non, pas Mikaël. « Alors pourquoi ça t’énerves ce que je dis ? » Ca ne l’énerve pas. « La bonne blague. Quel humour. » Silence. Devait-il lui retourner ses propres mots, lui dire clairement ce qu’il pensait ? Il n’était pas une souris, alors que Falla arrête de jouer au chat. Mikaël ne voulait pas jouer le jeu que lui proposait bien des fois celui qu’il avait décidé de suivre. Obstinément. Car il ne voulait pas qu’on le mette face à face avec ses propres problèmes. Quels problèmes ? rétorqua mentalement le Mikaël qui marchait dans la forêt. Je n’en ai pas. Je ne peux pas en avoir en dehors de la Guilde.

C’était un fait, il avait tout laissé tombé. Un mur solide, ou tellement poreux avait été édifié autour de lui, et tout se butait –ou traversait- sans que cela ne l’atteigne. Et il était satisfait comme cela.

Le mot satisfaction ne convient pas à la définition du bonheur. Sauf si on considérait que le bonheur n’était pas forcément de sourire à tout le monde et de sautiller partout. Bien sûr, c’était une exagération. Mais quand même.

Satisfait… Il s’en contentait, en fait. Encore le mur.

Mikaël remarqua qu’il avait arrêté de marcher et qu’il se tenait immobile. Un demi-sourire froid lui vient aux lèvres devant tant de pathétiques. Encore un mur contre l’infime angoisse qui l’avait saisit un bref instant. La tête lui tourna et il s’adossa à un arbre, passablement déprimé enfin de compte. Tout cela était vain. Vraiment.

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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Dim 30 Mar - 20:14

    Lostris laissa un soupir agacé franchir la barrière de ses lèvres.

    De la végétation, des ronces, des arbres, il y en avait partout, et la jeune fille n'en pouvait vraiment plus. Certes, par ses origines, elle aimait la Nature, mais là, c'était vraiment trop. L'endroit était envahi, et même si c'était le principe d'une forêt, elle ne pouvait s'empêcher d'en rester fortement contrariée. La cape émeraude qu'elle affectionnait tant avait déjà été déchirée de nombreuses fois, et c'était cela plus que tout qui la rendait furieuse. D'un geste rageur, elle abattit son épée, Enisoraï, sur un buisson épineux qui l'empêchait de passer.

    Plissant un peu plus les yeux, elle essaya de distinguer nettement le chemin sur lequel elle s'aventurait. En effet, il fallait bien qu'en plus de la végétation trop omniprésente, le feuillage des arbres soit épais au point de ne pas laisser passer la lumière. Oui, elle appréciait la nuit, l'obscurité, mais, elle commençait réellement à saturer.

    Comme prise d'une subite fatigue, elle laissa son corps s'effondrer sur le tapis végétal qui recouvrait le sol. Elle ferma les yeux : elle était lasse de tout cela, de ce jeu sans intérêt. Le jeu de sa vie.

    Elle se sentait tellement… vide. En temps normal, elle aimait ce vide. Mais, si elle devait être franche, elle avouerait alors qu'en fait, elle recherchait de la compagnie, une personne qui chasserait ce désert de sentiments; mais, elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas avoir d'amis. Et elle maudit l'astre qui se cachait, chassé par le soleil.

    Elle était étrange, ses pensées étaient contradictoires. Un jour, sans doute, faudrait-il qu'elle se fixe sur une humeur précise : cela ne semblait pas près d'arriver.

    Qu'aurait-il dit, Lui, s'il la voyait maintenant ? Elle était tellement ridicule : pathétique, c'était le mot. Elle était une gamine qui n'aurait jamais dû naître : elle n'avait aucun but, aucune envie réalisable. Juste inutile, d'une incroyable inutilité. Qu'aurait-il dit ? Sans doute était-il déçu. Sa fille était devenue un monstre. Combien de vie avait-elle retiré ? Une dizaine, au moins. Une messagère de la mort ? Ou autre chose ?

    Et dans cette guerre, cette guerre silencieuse qui se préparait, lentement, mais sûrement ; qui serait-elle ? Un disciple de Fall ? Ou bien ferait-elle partie de ces fous qui se lançaient à la recherche des trois dieux : Tan, Mor et Avel ? Non, elle n'aimait pas la magie, mais, oui, elle croyait en cette guerre stupide, et ces dieux. Et même si son camp n'était pas décidé pour le moment, elle n'avait pas l'intention de rester les bras croisés. Etait-elle vraiment si contradictoire ? Il semblerait. C'en était contrariant.

    Actuellement, si elle y réfléchissait de manière objective, elle devait reconnaître qu'il semblerait qu'elle penche plus du côté de Fall. Mais, était-ce vraiment ce qu'elle désirait ? Elle ne savait pas, elle était tellement confuse !

    Dans le futur, il faudrait vraiment qu'elle songe à faire le point afin qu'elle comprenne qui elle était, et ce qu'elle voulait. Irrémédiablement, cela devenait de plus en plus urgent. Et dire qu'elle avait pensé organiser son esprit, faire en sorte de ne plus s'enfoncer dans de grandes réflexions comme elle le faisait présentement… C'était un échec complet, elle n'avait d'autres options que de l'admettre.

    Pourtant…

    Pourtant, lorsqu'elle avait fait ces promesses, celles-ci avaient semblé tellement libératrices. Elles avaient ressemblé à un avenir plus sûr. Lostris avait été tellement certaine de prendre la bonne décision. Mais cette confiance du bien-fondé de ce choix s'était atténué alors que le sable du temps s'écoulait, et avait finalement fini par disparaître. Aujourd'hui, une part d'elle regrettait.

    Elle se souvenait : elle avait regardé la lune, qui lui était apparue si belle. Enlie, sa bienfaitrice venait alors juste de disparaître, de partir loin, loin; là où elle ne pourrait jamais plus la revoir. Cette mort, soudaine, cumulée avec toutes les autres, l'avait tant chamboulée. La situation avait été tellement irréelle, floue. Cela ne l'empêchait toutefois pas de s'en rappeler dans les moindres détails, cette scène avait été gravée au fer rouge dans son esprit, une porte de son esprit s'était close à jamais, pour en ouvrir une nouvelle qui ne se refermerait sans doute jamais, selon l'avis de la jeune fille.

    * Ô bel astre de la Lune… *

    Et comme elle se remémorait les serments qu'elle avait prêtés, il y avait maintenant plus d'une année entière, elle les prononçait de nouveau, dans le moment présent, d'une voix claire mais rauque : elle scellait le pacte.


    " Ô bel astre de la Lune…"

    L'air vibra, se tordit.
    * Puisque telle étoile ne dure …*
    La douleur, toujours, des souvenirs la brisaient.


    " Puisque telle étoile ne dure…."

    Elle aurait voulu extérioriser sa peine qu'elle contenait depuis longtemps.
    *Que le temps d'une année…*
    Mais elle n'avait pas le droit.


    " Que le temps d'une année…"

    N'est-ce pas ?
    * Avant de finalement s'éteindre à jamais… *
    Après tout, le mal n'est pas censé éprouver quoi que ce soit.


    " Avant de finalement s'éteindre à jamais… "


    N'est-ce pas ?
    * Je vous promets… *
    Pourquoi était-elle si sensible alors ? Oui, pourquoi ?


    " Je vous promets que je n'approcherai quelques lumières que ce soit…"


    Et elle l'avait fait, elle avait tenu ses promesses. Elle regrettait tant d'avoir prononcé cela. Mais, finalement, avait-elle eu le choix ? Pouvait-elle vraiment choisir si elle était destructrice ou constructrice ? Cela lui paraissait compromis.

    " Que jamais plus je ne me lierai à ces personnes que les Dieux ont bénies…"

    Tant de fois, il lui avait semblé que les dieux la méprisaient. Mais, était-ce vrai ? Serait-il possible qu'elle se méprenne ?


    " Que Vous avez bénies…"

    Elle aimerait, vraiment. Elle aimerait se tromper.


    " Ainsi jusqu'à ce que je sois en mesure de faire partie de ces personnes…"

    Cependant, elle doutait. Il était très peu probable qu'un jour, elle soit quelqu'un de bien. Elle n'arrivait pas à concevoir l'idée. Mais, on lui avait déjà dit qu'elle était une personne brave, juste.

    " Jusqu'à ce que le mal m'ait désertée… "

    Peut-être.

    "Alors, ces serments sont scellés."

    Les sceaux de ces serments ne seraient sans doute jamais brisés.
    Ou peut-être pas, finalement.
    Pourquoi lui venait-il une subite envie de pleurer ? Parfois, elle était détachée, juste une enveloppe vide. Et d'autres fois, elle était tellement…


    " Fragile à l'intérieur. "

    Elle se redressa, et secoua la tête, vivement. Calme, il fallait qu'elle redevienne impassible, ce qu'heureusement, elle arriva à faire relativement vite.


    " Bien moins tranquille qu'à l'extérieur. "

    Quelques mots, juste murmurés, mais qui brisèrent le silence et résonnèrent, en un infernal écho de justesse et de perspicacité. Elle était ridicule : soit rien, inutile, soit une masse de chaire tremblotante.

    Cela ne valait même pas la peine de s'appesantir plus sur la question. C'était vain. Pour le moment.

    Tandis qu'elle se relevait, complètement, prenant appui sur Enisoraï qui semblait décidée à rester silencieuse, la jeune fille soupira, encore. Elle observa les alentours, avec attention : inexplicablement, quelque chose la dérangeait. Et elle se rendit compte, comme les brumes de son esprit se dissipaient légèrement, que cette gène perdurait depuis un moment déjà.

    Rapidement, à force d'expérience, elle distingua une silhouette; une légère honte la prit, l'individu avait peut-être tout entendu. Pourquoi n'avait-elle pas pris la peine de vérifier avant de craquer si quelqu'un se trouvait proche d'elle ? Et puis que faisait-il là aussi celui-là ? La forêt de Ryan n'était-elle pas connue pour être déserte ? Mais, il était vrai que si l'on suivait cette logique, Lostris n'avait rien à faire ici.

    Elle hésita à rabattre la capuche de sa cape sur son visage, mais de toute évidence, cela ne servait plus à rien comme le prouvait le regard bleu turquoise de l'inconnu posé sur elle. Un regard froid et vide. L'homme était beau, sans conteste. Des cheveux blonds, nacrés, presque irréels. Un visage fin, aux contours précis, presque sans défaut. Un corps svelte, élancé, appuyé avec négligence contre le tronc d'un arbre, un saule pleureur, constata-t-elle avec ironie. Si elle n'avait pas déjà vu les yeux de l'individu auparavant, elle aurait pu penser qu'il était un ange, un de ceux que l'on imagine avec émerveillement lorsque l'on est enfant. Mais, ce n'en était sûrement pas un, comme le montrait ses abysses turquoises.

    Lostris fronça les sourcils, elle sentait la magie de l'être en face d'elle, sans arriver à déterminer de quelle race il était. Pensant cela, elle remua légèrement les cheveux qui, sans qu'elle ne s'en rende compte, se mirent à mouvoir dans les airs comme frôlés par une brise inexistante, dévoilant ainsi un trait typique du charme des elfes. Il était amusant de penser qu'en faisant cela, la jeune fille avait e, fait voulu cacher ses origines.

    Un moment encore, elle continua à darder l'inconnu de ses yeux argent, puis au bout d'un certain temps, elle détourna la tête. Elle ne cherchait pas à fuir le regarde de l'inconnu, mais, elle ne pouvait s'empêcher d'hésiter quant à la réaction qu'elle devrait avoir. Elle pouvait partir, l'ignorer, comme elle le ferait habituellement, mais, elle se sentait attirée par lui, ou plutôt, pour être plus juste, elle était attirée par sa magie.

    La jeune fille était vraiment on ne peut plus contradictoire. En effet, elle abhorrait la magie, mais, ne pouvait s'empêcher de la désirer. Elle désirait la magie, et non le pouvoir.

    Finalement, elle décida de céder aux pulsions qui habitaient sa propre conscience. Discrètement, elle esquissa un pas en direction du jeune homme, sans pouvoir s'en empêcher. Toutefois, elle n'avança pas plus. C'était contre sa morale, contre ses promesses : ses lianes, comme elle aimait les appeler ironiquement.

    Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre, attendre de voir si l'autre allait montrer un quelconque intérêt pour sa personne, ou juste l'ignorer.

    Alors, c'est ce que fit Lostris. Elle attendit.



Dernière édition par Lostris Gaëlad le Mar 31 Mai - 22:30, édité 1 fois
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Mikaël Eòghan
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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Lun 31 Mar - 20:43

Morne, Mikaël releva sa main gauche, blanche, qui avait toujours conservée malgré ses vingt neuf années de vie des allures de délicatesse plutôt réservé aux nobles oisifs de Tara. Chère mère. Lâche. Méprisable. Ce n’était même pas de la colère, quand il y repensait. Non… Sous le bord de la manche se trouvait un poignet tatoué de traits horizontaux, encore plus pâles que le reste de la peau. Il avait fait une promesse, il l’avait tenue, et ces marques le lui rappelaient sans cesse. En un sens, ce pseudo-suicide était la signature du contrat qu’il avait sciemment accepté quelques années plus tôt avant ce geste fatal. Un contrat qui disait qu’il servirait un seul Dieu en échange d’un but pour sa vie si inutile. Alors, à chaque fois qu’il se retrouvait dans une situation comme maintenant, il regardait ces fines cicatrices qu’il portait depuis moins d’un an. Moins d’un an… Et pourtant il se sentait encore plus mal qu’avant. Il avait pourtant pensé que cette quête dite impossible et sa résolution le contenterait à vie. Comblerait ce vide abyssal dans lequel il nageait difficilement. Pourquoi non ? Etait-il si orgueilleux qu’il lui fallait toujours plus et ne pouvait se contenter de l’exception ?

Non, il ne comprenait pas, ne se comprenait pas lui-même. Il avait terriblement l’impression d’avoir raté une étape, de s’être perdu dans un méandre infini dans lequel il s’engluerait jusqu’à la mort. Chaque personne ne satisfaisait d’elle-même.. Pourquoi pas lui ? Pourquoi, encore une fois, se retrouvait-il dans les anomalies ?

Pourquoi, pourquoi, la vie n’était faite apparemment que de cela, ou bien il avait vraiment un problème avec les questions sans réponses. Peut-être était ce juste une faculté à mettre le doigt sur le bon problème à chaque fois… et encore, cela pouvait être aussi une sérieuse tendance à se chercher des tourments. Il fallait seulement qu’il se concentre sur ses marques… Comme il l’avait tant de fois déjà fait sur cette satanée alliance auparavant. Loin du centre de la Guilde, il dépérissait. Sa mélancolie, cette amie qui l’accompagnait depuis toujours revenait lui rendre visite avec plus de force et de questions. Il avait besoin de s’occuper. Et de s’occuper de choses intéressantes. Pas de cette corvée de repérage. Il avait besoin d’avoir sous les yeux, comme ces stigmates, le fruit de son attention, la seule raison d’être qui lui avait été donné. C’était quelque chose qu’il ressentait, en y réfléchissant, comme vital, de dévorant.

Sa vie se résumait à cela, en fin de compte. Voilà pourquoi il ne pouvait s’en passer. Qu’il ne pourrait jamais s’en passer. Cela était un infime comblement dans le gouffre sans fond qu’il abritait.

Mikaël serra le poing, juste un peu, piégé dans ce macabre raisonnement qu’il suivait depuis toujours. Et le relâcha automatiquement quand il entendit, vaguement, au milieu des autres bruits étouffés de la forêt, une chute. En fait, il n’y aurait même pas fait attention si ce son ne s’était accompagné d’un petit mouvement dans la frontière de son champ de vision. Il inclina légèrement sa tête, le haut de sa tête touchant dès lors l’écorce de l’arbre contre lequel il s’était appuyé. Ce qu’il vit l’étonna, même si comme d’habitude, aucune onde d’émotion ne se propagea à la surface de son visage. Car très franchement, il y avait de quoi être surpris. Il était sensé être dans une forêt assez dense pour que personne n’est l’idée de venir en promenade de santé ici. Mais il y avait bel et bien une personne allongée à quelques mètres au milieu du tapis de feuilles, à moitié cachée par toute la végétation qui s’élevait autour d’elle comme la anse d’un panier. Mikaël, de là où il était, ne pouvait distinguer les traits de la personne, ni dans l’état dans laquelle elle se trouvait. La logique lui disait d’aller voir si elle allait bien, mais il n’était pas là pour jouer le saint ermite. Bon, il fallait bien l’avouer, il ne pouvait quand même repartir sans comprendre cette arrivée si soudaine et si peu… normale. De toute manière, avant qu’il ait eut le temps de montrer un quelconque intérêt, des murmures s’élevèrent, le figeant sur place alors qu’il n’avait même pas commencer à bouger.

C’était une voix au timbre et clair et frais, mais voilé, blessé comme emprisonné par un carcan autre que la gorge, une prison mentale invisible pour le mince filet pourtant si pur. Mélodieuse, l’aurait-il décrit, si elle n’avait pas eut cette incongruité d’émotion. Baroque, envoûtante, se serait-il corrigé l’instant d’après. Elle prononçait des mots, lentement, mû par un souffle qui venait de très loin. Dès les premières syllabes formées, la froide curiosité de Mikaël, cette hostilité envers ce trouble se dissolue, ou plutôt, vola en éclat, à l’image d’un fragile panneau de bois qu’une flèche venait de frapper de toutes ses forces, sans s’arrêter, pour se figer dans son véritable but. Une voix frappante. Mais l’écran des yeux turquoise se reforma instantanément. C’était un psaume, dogme d’une vie qui ne le concernait pas. C’était des sons, alignés les uns contre les autres, formants des phrases qui ne lui appartenaient pas. C’était le vestige d’une promesse jamais dite mais sentie. Et pourtant, ce n’était pas la sienne. Ils s’infiltraient sournoisement dans une fissure pour se montrer dans toute leur vérité au demi humain, mots simples qui étaient là dans leur sens absolue. Pas d’hyperboles, ni de litote, juste la franchise de mots qui ne veulent rien dire de plus qu’ils ne le sont. D’eux, ils suintaient une détresse connue qui ne lui était pas insensible. Une douloureuse solitude dû à ces mots autrefois baignés d’une souffrance différente. Qui n’avait guère de raison aujourd’hui.

Puis ce fut le silence, court, et durant ce laps de temps, une deuxième surprise émergea de la nature, et cette fois, elle avait un visage d’une jeune fille aux longs cheveux détachés, ruisselants, légèrement ébouriffés par leur séjour contre la terre, auprès des contours délicats d’une figure d’humaine. Une expression de fragilité se dégageait de ce portrait, de ces lèvres de chérubin, ni trop larges ni trop épaisses, d’une douce couleur de rose fanée, de ses yeux de biche encadrés par des cils d’un noir pur, de la grâce des épaules qui dépassaient d’un buisson gâchant cette vision. Mais Mikaël ne put se tromper longtemps ; derrière l’air ingénu que les doux traits dessinaient dans leur courbe se cachait une expression qui en rappelait une autre, mieux connue; dure, lointaine. Cela donnait un éclat sauvage à ce tableau imprévu. L’adolescente –qui avait les mêmes traits fins que Nathaniel- semblait encore murmurer quelque chose, mais trop bas pour que cette fois, Mikaël l‘entende. Ce dernier ne se sentait pas coupable le moins du monde pour avoir entendu quelque chose qui ne le regardait pas. Mais avancer comme excuse sa froideur que rien n’importait aurait été un mensonge. Car étrangement Mikaël était heureux d’avoir entendu ces paroles, voir touché, à la manière d’une blessure de nouveau ouverte. Une douleur qui étant trop ancienne, ne causait désormais qu’une sourde tristesse à son lancinant appel. Dans un mouvement de soie souple et hypnotisant, la nymphe inconnue se releva, comme si son abandon n’avait été qu’un songe. Son regard balaya les environs.

Il se retint de sourire froidement à cette prévisible inspection, et à la fatale rencontre.

Le regard lointain tomba sur lui. S’y arrêta. Une infime moue sur le visage, la rendant plus humaine que l’instant d’avant. Ils se dévisagèrent, sans scrupules, chacun voulant disséquer l’autre. Le comprendre, le cerner, et se décider si un quelconque émoi, colère, surprise, tristesse ou joie valait la peine. Un moment qui s’éternisa, dispersant les brumes qu’avait soulevées le serment de la jeune femme dans l’âme meurtrie de Mikaël. Finalement, comme rien ne s’affichait sur le visage de l’autre, aucune indication sur la réaction que l’on pouvait se permettre d’avoir, elle détourna les yeux, baissant ces cils soyeux sur des prunelles que l’hybride ne pouvait distinguer. D’ordinaire, il se serait désintéressé d’une proie visiblement si facile. Mais ce contraste dans son attitude l’en empêchait, tout comme les mots évanouis dans les airs. Plus facilement que n’importe quelle hôtesse de Tara malgré leurs efforts, elle avait retenue son attention, le plus simplement du monde.

Résignée ? Ou bien ressentant la même chose que lui ? Quelque soit la raison qui l’a poussa, elle accomplie le seul geste qui aurait empêché Mikaël, même s’il l'avait souhaité, de se détourner et l’ignorer. De se séparer là malgré les quelques secondes où ils s’étaient jetés dans la face leur apparente insensibilité au monde extérieur. Elle avança d’un unique pas. L’hybride la dévisagea encore, cherchant à comprendre ce qui avait pu pousser une personne comme elle dans un serment à son image.


- Ce sont des paroles un peu tristes...

Même pas une constatation. Une remarque, une vraie, un fond de pensée qu’il ne cacha pas comme il en avait l’habitude. Parce qu’il ne pouvait nier un tel sentiment.

Il ne s’avait pas quoi ajouter. C’était peut être tout ce qu’il y avait à dire. Peut-être valait il mieux qu’il parte maintenant. Que le mur brisé se reconstruise dès qu’il se serait soustrait à ce reflet de lui-même pourtant si différent. Il se sentait plutôt fragile, sous le regard qu’il devinait gris. Que disait-il, tout à l’heure ? Que cette couleur était fade ? Pourquoi malgré la neutralité qu’il lisait dans ses yeux, il croyait y percevoir des rides d’autre chose ? Cela l’attirait, indéniablement. Etrangement.
Pourquoi ?...

Encore une fois, il butait contre une incompréhension. Un semblant de paradoxe. Pourquoi ? En disant ces mots, il avait accepté de dévoilé une partie de lui-même, six mots qui en disant long pour quelqu’un d’aussi observateur et qui cherchait autant à comprendre. C’était une première.

Alors… Pourquoi ?

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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Sam 24 Mai - 18:28

    Ce moment d'attente perdura longtemps. Il n'y avait que le silence pour l'accompagner. Le silence, mais, également un combat entre deux regards, l'un turquoise, l'autre argent. Deux couleurs un peu ternes dans lesquelles se cachaient pourtant de si nombreuses nuances, toutes imperceptibles.

    C'était une confrontation muette, mais violente. Les deux jeunes gens s'observaient, s'analysaient et jugeaient. C'était une bataille douce, immobile, mais symbole de tant de choses, de deux destins qui se rencontraient et s'unissaient pour se détruire. Lostris, sans pouvoir s'en empêcher, se retrouvait inconsciemment en ce jeune homme au prénom inconnu, cet ange maudit subitement apparu. La lueur de mort dansait dans les yeux turquoise, et l'entièreté des traits fins du jeune homme était tendue en une grimace détendue de mépris et d'indifférence. Comment deux inconnus pouvaient ainsi se comprendre ? Et pourtant si semblables, Lostris se sentait incommode face à cet individu. Dans un geste instinctif, comme elle l'avait fait peu de temps auparavant, elle abaissa légèrement ses cils d'obscurité sur ses prunelles argents afin de les dissimuler. Il y avait tant d'horreurs à cacher.

    Comment un monstre telle qu'elle avait pu oser approcher cet être qui semblait si pur ? Lostris n'aurait-elle pas dû s'enfuir immédiatement ? Certes, elle n'en doutait pas, malgré les apparences on-ne-peut-plus trompeuses, le jeune homme devait être un personnage sombre. Les expressions de ce dernier, ce léger rictus qu'elle avait deviné aux coins des lèvres pâles de ce jeune homme, en étaient une preuve manifeste. Néanmoins, la jeune demi-elfe ne pouvait s'empêcher de songer qu'elle ne ferait que déranger l'autre et lui rendre l'air irrespirable.

    Mais, le pas qu'elle avait effectué dans les quelques instants précédents l'arrêtait dans tous ses projets de fuite. C'était une sorte d'engagement, une proposition implicite : prêtez-moi attention, ou bien, ignorez-moi. Et maintenant que cet appel était lancé à l'être en face d'elle, elle n'avait d'autres choix que d'attendre une réponse, ou bien, au contraire, le silence. Mais, de toute évidence, elle ne pouvait partir, s'en aller, lâchement, comme elle souhaitait pourtant le faire depuis plusieurs minutes. Toutefois, Lostris n'était pas sans savoir que cela serait d'une impolitesse rare, tout du moins, l'estimait-elle. C'était pour cela qu'elle se bornait à patienter en espérant au plus profond d'elle-même que l'homme répondît, mais dans un même temps, priant pour que celui-ci se contente de l'ignorer.

    Elle replanta son regard dans celui de son vis-à-vis, et constata par cette même action que l'individu dont elle attendait une réponse n'avait cessé de l'observer. A peine Lostris eut-elle fait cette observation que l'autre, ange ou démon, ouvrit la bouche.


    " Ce sont des paroles un peu tristes… "

    La première réaction qu'engendra cette phrase fut la surprise. Si elle avait dû être franche, Lostris aurait avoué qu'elle n'avait réellement pas pensé que l'autre formulât une réponse. Mais, elle avait été surprise. Comment ? Elle ne le saurait jamais, cependant, elle avait réussi attirer l'attention de ce jeune homme qui semblait si détaché de tout évènement extérieur. Bien qu'elle n'en dît rien, la demi-elfe ressentit une étrange joie suite à ce fait. Elle avait le sentiment que l'être annonçait un nouveau tournant dans son destin, peu lui importait que cela fût bon ou mauvais ; la seule perspective de changement l'attirait.

    Après la surprise vint la honte. La possibilité que cet homme eût pu entendre ses paroles était confirmée, et Lostris se sentait humiliée d'avoir ainsi perdu tout contrôle d'elle-même, qui plus est devant un témoin. Elle qui d'habitude était si attentive à conserver un masque d'impassibilité s'était dévoilée d'elle-même à un inconnu. C'était donc à cause de cela que Lostris dans une intention vaine de conserver un minimum de dignité et d'intimité recouvra encore une fois ses yeux de ses paupières un peu sombres de lassitude. La jeune femme avait omis dans son raisonnement que cela pût être considéré comme un geste de soumission.

    Et puis, suite à ces deux émotions plutôt vives qui s'étaient manifestées en elle sans qu'aucune, pour autant, ne fût venue marquer son visage, Lostris commença à porter une réelle attention sur les paroles du blond, ou plutôt sur la voix avec laquelle avaient été prononcées ces paroles, plutôt que sur le sens de ces dernières.

    La voix était à l'image de son propriétaire : irréelle. Cristalline, mais dans un même temps un peu grave. Le ton demeurait glacé, inexpressif, mais pourtant touchant. Tout ce portrait vocal dénotait une fragilité inimaginable et si inattendue. Lostris aurait songé que l'homme resterait imperméable, et pourtant, ses paroles venaient le démentir. Il y avait une infinie douceur qui, même étouffée par l'horreur, subsistait envers et contre tout. Lostris se sentait désarmée. Cette voix l'avait ému d'une manière incompréhensible, et le sens des paroles auquel elle commençait à prêter attention y contribuait fortement.

    Cette phrase, simple constatation, était malgré tout synonyme de tant de choses. C'était une remarque, sans artifice. Elle était juste là pour observer, ce n'était pas un jugement. Le ton était simple, ni blessant, ni quoi-que-ce soit d'autres. C'était juste une phrase de seulement sept mots; tous aussi insignifiants les uns que les autres. Toutefois…

    Toutefois, étrangement, ces quelques mots décontenançaient Lostris. Il y avait dans chacune de ces quelques syllabes des éclats d'on-ne-savait-quoi qui blessaient. Ce n'était pas méchant, c'était ainsi, seulement. Il n'y fallait pas réfléchir. C'était blessant, certes, mais également réconfortant. Lostris les percevait comme une acceptation. L'autre avait entendu, il ne jugeait pas, il dansait avec les mots, les recevait de plein fouet, s'identifiait à eux. Il acceptait. Il admettait que les deux destins étaient incroyablement semblables sans être similaires. L'inconnu reconnaissait s'identifier aux promesses de Lostris, sans pour autant qu'elles soient adaptées à sa situation, et la demi-elfe en ressortait réellement ébranlée par cette impression.

    Mais, elle ne laissa rien paraître de son trouble et après un court instant d'hésitation, répondit d'une voix claire :

    " Toutefois malheureusement nécessaires… Je le crains. "

    Lostris se dévoilait, elle n'en avait conscience, mais, ce n'était pas contre son gré. Ces mots étaient une porte ouverte dans une des parties sombres de son esprit pour qui savait y entrer. Cependant, peu de personnes en étaient capables. L'individu en face d'elle était peut-être l'une de ces exceptions, et au plus profond de son être et bien qu'elle ne l'avouerait sans doute jamais, Lostris espérait qu'il en fût une. En effet, la jeune femme pensait que si l'autre pouvait la comprendre, alors, de son côté, elle pourrait également saisir le chemin de pensée de ce dernier. C'était une sorte de donnant-donnant sans réelle certitude que cela pût conclure à un résultat concret. Si cela devait aboutir à un échec, incompréhensiblement, Lostris avait l'impression que cela la conduirait à une semi-mort. Cette présence étrange qu'elle ne parvenait pas à saisir était, en l'espace de quelques minutes, devenue d'une importance capitale dans l'avenir de l'elfe. C'était une évidence infondée. Et dans la peur de voir ce soudain espoir disparaître, Lostris ne put s'empêcher de rajouter quelques mots.

    " Ce sont, certes, des paroles un peu tristes, mais également tellement vraies."

    Ces paroles, comme précédemment, demeuraient très vagues, et d'un sens ambigu. C'était une porte close, mais une fenêtre ouverte. Il fallait être voleur ou oiseau C'étaient seulement des mots sans importances, il fallait saisir la pensée, le souvenir, bribe de désespoir éternel, et savoir réagir en conséquence.

    Lostris esquissa de nouveau quelques pas; un doux rayon qui, on ne savait comment, avait réussi à franchir l'épais feuillage des nombreux arbres vint éclairer ses cheveux bruns de quelques reflets auburn, mais, bien vite, cette soudaine apparition de lumière s'évanouit, et il ne resta plus que l'obscurité et le silence toujours plus pesant. L'elfe douta, encore une fois, et se demanda si elle n'aurait pas dû se contenter d'une réponse bien plus superficielle. D'un tic de la lèvre, elle chassa ses incertitudes, et ancra ses yeux d'argent dans ceux de turquoise de son interlocuteur.

    Les deux êtres continuèrent à s'observer longtemps ainsi. Il y avait une malice amère dans l'air. C'était presque une comptine d'antan qui ressurgissait subitement et qui emplissait l'esprit de Lostris d'une forte mélancolie, d'une beauté fragile.

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Mikaël Eòghan
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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Dim 25 Mai - 18:54

La belle inconnue mit seulement quelques secondes, lourdes d’hésitation, avant de s’engager à répondre, de ce même timbre de voix si perçant, à la manière d’un regard. Ce genre de regard qui disséquait, ce genre de regard qui ne s’embarrassant pas des convenances, ce regard qui cherchait seulement à comprendre et à juger. Mikaël ignorait jusqu’alors que le même effet était possible en faisant seulement vibrer l’air. Un timbre au goût de métal, comme le méplat du gris qui brillait au fond des prunelles de la jeune femme qui en se trouvait plus qu’à quelques mètres de lui. Il put voir avec beaucoup plus de précisions les courbes de ses lèvres s’ouvrir pour laisser échapper une réponse.

" Toutefois malheureusement nécessaires… Je le crains. "

Une acceptation, un accord. Un engagement pour une conversation, banale ou pas. Nécessaires ? Ces paroles prononcées ? Mikaël aurait pu facilement demander pourquoi. Il aurait pu s’interroger sur les raisons qui avaient poussées l’humaine à parler ainsi, seule, à répéter des mots trop parfaits pour qu’ils soient nouveaux. Mais l’hybride avait un principe froid et dur comme le métal, et c’était celui d’ignorer parfaitement, sans émotions aucunes, le passé des autres. Parce qu’on avait tous une histoire tragique, parce que chaque évènement négatif avait une vision dramatique à nos propres yeux. Mikaël n’échappait à la règle, mais en réalité… Il fallait admettre que c’était d’une banalité commune et d’un seul intérêt sordide. C’était d’un compatissant hypocrite de s’y attacher. A part l’information, ces souvenirs ne valaient rien. Mikaël pouvait écouter patiemment la vie douloureuse d’une personne juste pour pouvoir utiliser de la meilleur façon ses capacités. En aucun cas, il ne se serait apitoyé sur le sort que le destin avait échu à son interlocuteur. Peut-être était-ce égoïste, mais peu importe l’interprétation, le demi-Erewent ne changerait pas pour faire plaisir à une foule de laquelle il était totalement détaché. Alors il ne répondit pas, il ne posa pas ce « Pourquoi ». Il ne voulait pas transformer cette étrange rencontre en une discussion de taverne entre deux inconnus ressentant malgré eux un quelconque diapason. Et puis, cela aurait été rabaisser aussi cette demoiselle surprise dans cet abandon d’elle-même.

Mikaël songea qu’il devait ressentir une certaine forme de soutient. Lui-même n’aurait pas apprécié qu’on le voie en dehors de ce qu’il aimait afficher de lui. Comme personne n’aimait se montrer à nu, ou être surpris dans la solitude, la jeune femme en face de lui devait ressentir de l’hostilité pour cet intrus. Mais au lieu de réagir, de se cabrer, de refermer la porte, elle répondait à ses paroles, comme un défi, acceptant qu’il l’ait entendu, et s’acceptant elle-même. Une sorte de fatalité, mais surtout un soutient d’elle-même. Elle ne fuyait pas ces instants de faiblesse, et tout cela dénotait une fierté raisonnable, et une certaine sagesse chez une personne qui devait avoir cinq ans ou plus de moins que Mikaël. Toutefois, fit une partie de son esprit, observatrice, elle pouvait très bien être une Gallisenae et avoir quarante ans. Cela restait à savoir. En attendant, il ne la considérait pas comme une ennemie, ni une probable, juste comme une rencontre inattendue et un reflet lointain, qu’on ne pouvait se permettre d’ignorer ou de mépriser. C’était assez surprenant de sa part.

Avant qu’il ne décide de répondre, elle reprit hâtivement la parole, comme si elle lui échappait :


" Ce sont, certes, des paroles un peu tristes, mais également tellement vraies."

Encore une fois, ce n’était pas une justification, et le demi-Erewent hocha légèrement la tête. Il ne pouvait nier ce qu’il ne connaissait pas, et ne désirant pas le savoir, c’était tout ce qu’il pouvait faire.


- Très peu de gens disent des choses réellement vraies, concéda t-il en guise de réponse. Ou du moins en ayant conscience de leurs valeurs.

Il ne savait pas exactement comme l’on pouvait prendre une telle réponse, qui n’était ni offensante, mais qui ne répondait pas aux attentes de quelqu’un qui suivrait un dialogue normal. Ce serait peut-être ici qu’il aurait la confirmation du caractère inhabituel, supérieur à la moyenne, de l’humaine. Ou qu’il serait déçu, ne se trouvant finalement qu’à une de ses personnes qui ont un sursaut d’élévation avant de retomber, comme un spasme d’agonie. Mais l’aplomb dans la posture, l’observation patiente, ne pouvait appartenir qu’à une personne sinon semblable à une personne de valeur sûre. Mais pas forcément autant qu’il pouvait l’espérer.

En ce qui le concernait, Mikaël aurait pu dire qu’il souffrait légèrement d’obnubilation quelques minutes avant, mais que cette rencontre lui avait rendu un nouveau calme. Il pouvait s’attacher à la compréhension de la personne digne d’intérêt en face de lui, cette interlocutrice inattendue, et ainsi s’empêcher de se regarder lui-même. Mais le seul défaut à cette façon de voir les choses était que la jeune fille lui donnait une impression d’écho, et que s’il tirait une conclusion sur elle, il tirerait une conclusion sur lui-même. C’était une impression bizarre, comme du dédoublement mental. Comme s’il était à la fois observateur de la scène et acteur. Une double vision des choses, un croisement horizontal et vertical qui avait quelque chose de troublants.

Il se décolla du tronc pour faire complètement face, relativement détendu, et croisa de nouveau les bras. Ce qui pouvait être interprété comme un signe d’opposition ou de protection, mais cela, Mikaël ne le contrôlait pas et réagissait juste impulsivement aux désirs de son esprit. Pour lui, c’était juste une position confortable qui lui permettait de soutenir le regard gris de la demoiselle. Une position qu’il prenait souvent quant il s’agissait de faire face à Fall, sauf qu’il n’aurait jamais eu l’impunité, à moins d’être furieux, de le considérer de façon aussi irrespectueuse, dévisageant comme il le faisait avec presque tout le monde. Il n’y avait pourtant rien d’impertinent dans cette manière de s’affronter du regard, car il s’agissait plutôt d’un décryptage égalitaire, car il ne sentait aucunement supérieur par rapport à l’humaine. Pour une fois. A cette remarque mentale, il retint un petit sourire presque méprisant, pour lui-même et pour ces « autres » qui n’étaient absolument rien. Les « autres » n’étaient qu’une masse d’individus, de moutons, et on l’appelait la population. C’était des personnes qu’il ne rencontrait pas, qu’il voyait juste. Il attachait plus d’importances aux gens avec qui il parlait, parce qu’automatiquement, ils quittaient cet univers grouillant de fourmis pour prendre la forme d’un caractère unique. Encore une fois, certains étaient bons à rejeter dans la fange. Pas assez originaux, ou trop mous. Le dosage était assez subtil pour que Mikaêl daigne s’y intéresser.

En l’occurrence, plus qu’intéressant, la personnalité de la jeune femme était intrigante. Il ressentait une envie de savoir où le dialogue allait les mener, de ce que cette fille pouvait lui apporter, et ce qu’ils feraient de ce nœud conclut entre eux. Ils pourraient se séparer ou bien passer à un stade au dessus. Dans le deuxième cas, c’est là que la rencontre prendrait toute sa dimension, car elle changerait invariablement le sort de deux personnes. Comme on ne pouvait le savoir à l’avance, Mikaël gardait toujours ce masque impassible, même pas cordial. Juste neutre, comme celui, encore une fois, de son interlocutrice. Il s’en voulait un peu d’avoir engagé la discussion avec une phrase si révélatrice sur lui-même. Ce n’était pas dans ses habitudes. Désormais, infailliblement, elle connaîtrait cette partie un peu fragile que Mikaël étouffait froidement. Donc elle connaîtrait un point faible, même peu exploitable. Il ne serait plus un étranger distant, mais quelqu’un de connu, intimement, même si cela n’avait été qu’à cause de quelques phrases échangées. Mais on ne pouvait reculer désormais, et chacun connaissant une des faiblesses de l’autre, sachant qu’il le savait pertinemment, ils attendaient impatiemment l’aboutissement d’une situation peu anodine.

Mikaël avait prononcé ces dernières paroles quelques secondes à peine auparavant, mais ces secondes infimes étaient, encore une fois, bien pesantes.

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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Dim 1 Juin - 18:15

    Cette étrange et inattendue rencontre dans un lieu censément désert telle que la Forêt de Ryan n'était en fait qu'une longue suite d'observation, d'études attentives du regard, pendant laquelle quelques paroles étaient prononcées, en guise d'explications des pièces manquantes du puzzle. C'était une narration silencieuse, et une inutilité inaudible mais assourdissante. Il n'y aurait pu avoir d'apprentissages mutuels prolongés de chacun des deux intrus de cet épais fouillis de végétaux si aucun mot n'avait été énoncé afin de combler les vides béants qui persistaient. Ces paroles étaient creuses, mais pleines de secrets ainsi à demi-dévoilés. Et c'était avec une excitation indifférente totalement imperceptible que Lostris attendait les prochaines paroles qui lui révèleraient alors une nouvelle part d'inconnu auparavant, sur le principe de cet échange donnant-donnant qui n'était en fait qu'une façade.

    Le combat de turquoise et d'argent perdurait, et la voix masculine qui se fit entendre parut être un vague écho d'un souffle autrefois puissant. C'était un mélange d'assurance et de fatalité que Lostris accueillit avec détachement.

    " Très peu de gens disent des choses réellement vraies. "

    Lostris laissa le coin de ses lèvres se courber en un rictus amusé. C'était décidément une conversation réellement inhabituelle. Peu de gens auraient nommé cette phrase "réponse" et nombreuses auraient été les personnes dites normales à s'agacer de ce fait. Mais, la demi-elfe se contenta de se divertir et passa outre le fait que cette phrase eût pu la blesser. Il n'y avait aucune raison à cela, elle admettait ce qui devait être admis, et elle n'allait pas, dieu merci et peu importe lequel, s'en offenser. Bien au contraire.

    Ces quelques mots ne lui donnaient pas l'impression d'avoir voulu être blessants, c'était en fait juste une suite illogique d'un dialogue qui l'était tout autant si ce n'était plus, et aussi surprenant que cela puisse paraître, Lostris en aurait presque ri. Ri avec une froideur hautaine et dédaigneuse, certes, et non pas de joie ou quoi ce fût d'autre, mais juste le fait de rire relevait de l'exploit.

    Lostris se sentait bouleversée depuis le début de cet échange. Elle avait l'impression que tout en elle se retrouvait chamboulé et passait d'un extrême à l'autre. Elle se sentait attirée et en même temps révulsée par le jeune homme devant elle. La demi-elfe ressentait une tendresse glacée face à ce garçon qui semblait à peine sorti de l'enfance, tout comme elle. Ce n'était pas un réel attachement, juste de la possessivité que Lostris ne serait pas parvenue à expliquer si quelque personne lui avait demandé. Elle avait le sentiment de rencontrer un égal, quelqu'un d'incroyablement similaire à elle-même et pourtant si différent. Mais le fait était là, Lostris ne pouvait le nier, elle accordait une importance rare à cet être angélique, et une impatience rare la prenait dans l'attente des nouvelles paroles du jeune homme qu'elle devinait prêtes à franchir la barrière des lèvres précautionneusement dessinées du blond, à juste titre.


    "Ou du moins en ayant conscience de leurs valeurs…"

    Le rictus fut alors remplacé par un sourire qui aurait pu sembler doux, si seulement les yeux n'étaient pas restés de glace. Elle se sentait toujours autant amusée, toutefois, une ombre était venue assombrir ses yeux d'argent. Elle admettait toujours, et concédait encore, mais cette moquerie d'elle-même qui quelques instants l'avaient quittée revenaient la hanter, et elle exprima sa défense à haute-voix. Ce n'était pas une justification face au jeune homme, mais face à sa propre conscience juste une intention de donner plus d'impact à ses arguments.

    "J'ai dû vous paraître bien prétentieuse, admit Lostris en penchant la tête et en gardant toujours ce même sourire d'une douceur malsaine. Toutefois, je n'ai jamais eu la présomption de dire que ces quelques promesses sont vraies pour tout le monde. "

    Lostris s'étonna durant quelques instants de pouvoir parler ainsi, sans aucune gène et avec une telle froideur, de ses "lianes" qui pourtant l'avaient réduite à néant tant de fois. C'était comme si, d'avoir été entendues par un autre que celle par qui ils avaient été prononcés, ces serments avaient d'un seul coup perdu toute valeur. Cependant malgré cette étrange impression que Lostris devinait être bientôt démentie, elle continua à s'exprimer.

    "Non, bien au contraire. Je voulais dire qu'elles le sont dans mon cas."

    Et avec une ironie cocasse, c'était la jeune fille elle-même qui scellait de nouveau le pacte avec cette dernière affirmation. C'était vraiment à en mourir de rire, mais Lostris se contenta de darder ses précieuses prunelles sur l'autre et observer ce dernier se détacher du tronc pour s'y coller un peu mieux ensuite. Un léger éclat la dérangea, mais elle n'y prêta pas attention, préférant observer comment l'autre avait croisé ses bras auparavant, dans une attitude qui aurait pu paraître défensive mais que Lostris supposait être comme cela dans le seul but du bien-être du jeune homme.

    Le silence se faisait pesant, et Lostris se rendait bien compte qu'il n'y avait en fait rien à répondre à ses précédentes paroles, alors, dans l'attente d'une réponse qui ne viendrait pas, elle fixait avec indifférence l'unique rayon du soleil qui se mouvait lentement le long des traits délicats du corps de celui qu'elle avait au départ pris pour un ange. Le rayon glissa lentement sur le tissu noir de la chemise avant de finalement s'arrêter sur la peau à l'aspect délicat de la main du jeune homme, faisant alors ressortir la pâleur de cette dernière. Et puis, il y eut de nouveau un éclat, comme précédemment. Et alors, Lostris y prêta attention.

    C'était un bijou qui avait provoqué ce soudain accès de lumière, une bague d'une couleur incroyablement ressemblante à celle de ses yeux. Cette bague était fine, et Lostris, grâce à son excellente vue put apercevoir des motifs qu'elle reconnut bien vite et qui ne correspondaient qu'à une seule et unique sorte d'anneau : celui des disciples de Fall.


    "Jolie bague", lança la jeune fille d'un ton neutre mais sans équivoque.

    Lostris se sentait prise de court. Cela faisait un certain temps qu'elle ne s'était plus posée de questions à propos de son futur camp durant cette guerre, et aussi soudain qu'inattendu, le problème se représentait à elle sous une forme toute nouvelle.

    Ce jeune homme qu'elle avait vu comme un potentiel avenir était donc un disciple de Fall. Devait-elle alors suivre ce dieu maléfique ? Mais, son père n'aurait pas voulu ça. Toutefois, son père n'était plus là. Dans un même temps, elle aurait tant voulu faire plaisir à ce mort, qu'il soit fier d'elle. Mais, il devait y avoir longtemps que là où il était, son père était déshonoré face à ce qu'était devenue sa fille : un monstre.

    Quel choix devait-elle prendre ? Sans rien en montrer, elle se sentait défaite. Elle qui l'instant d'avant était presque paisible, c'est-à-dire autant qu'elle pût l'être, elle se sentait soudainement faible. Faible face à son destin. Elle n'était même pas en mesure de prendre un choix par elle-même. C'était sa déchéance. Brusquement, elle souhaitât que l'autre répondît, qu'il lui parlât avec honnêteté, qu'il la convainquît de rejoindre son camp, ou bien qu'en essayant de la convaincre, au contraire, il l'écœurât de ce camp, dans le seul but de ne plus être ainsi partagée, déchirée entre plusieurs parti.

    Dans le seul but de ne plus être faible.

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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Dim 15 Juin - 18:48

Une discussion sans queue ni tête qui finissait en queue de poissons… Il y en avait des jeux de mots à faire. Aha. Décidément, plaisanter était assez pathétique. Ou plutôt, Mikaël était pathétique à plaisanter pour combler son mal être devant le regard scrutateur de la jeune femme. Car indéniablement, le fait qu’elle soit aussi glaciale, impénétrable, et étrange le troublait. Peut-être parce qu’elle lui faisait le même effet qu’il savait faire face aux faibles d’esprit, mais accepter de se faire dominer par quelqu’un juste parce qu’il était inhabituel était hors de question. D’où ce sentiment diffus, douceâtre, qu’il repoussait tant il lui hérissait l’échine. Fort heureusement, ce sentiment était totalement invisible pour la fille aux yeux gris, qui ne voyait en lui que le mur trompe œil qu’il avait l’habitude d’afficher, et il essaye de la considérer le plus objectivement possible. Après tout, ce n’était qu’une jeune étrangère, une passante sans destin ni passé connu et elle risquait de tomber fortement dans les limbes de l’oubli, malgré sa ressemblance et l’intelligence de ses mots. Son vocabulaire, son maintient, l’ironie grave de ses yeux montraient, clamaient qu’elle n’était pas commune comme Mikaël aurait bien voulu le croire. Il ne pouvait se leurrer éternellement, même s’il était le parfait adepte des fausses trappes, des fuites et des voiles. Et la façon dont elle, elle ne se dérobait pas, et continuait de le dévisager en affirmant ses vérités, n’était qu’une autre preuve que Mikaël était dans l’obligation de lui faire cas.

"J'ai dû vous paraître bien prétentieuse. Toutefois, je n'ai jamais eu la présomption de dire que ces quelques promesses sont vraies pour tout le monde. Non, bien au contraire. Je voulais dire qu'elles le sont dans mon cas."

Le demi-Erewent savait ce qu’elle lui disait. Avant même que ne s’ouvrent ses lèvres pâles, il connaissait les affirmations qui suivaient. De toute façon, il n’avait jamais prétendu le contraire, mais ses phrases tournées spécialement l’avaient peut-être induite en erreur. Ou alors, elle ne faisait que d’exposer de nouveau les dogmes déjà répétés. Il ne répondit rien, sachant que tout était dit sur ce sujet et qu’il ne servait à rien de s’y attarder. Cela en devenait presque gênant, impudique, de se regarder avec si peu de discrétion. Sans même chercher à camoufler cette inspection, cette compréhension de l’autre, alors que tant de gens hypocrites maniaient cet art à la perfection. Enfin, ceux qui étaient assez fins pour s’intéresser de cette manière à leurs interlocuteurs, et ce détail rendait la chose encore plus malsaine.

Alors que Mikaël se demandait bien ce qu’il allait pouvoir faire, car il était avant tout là pour un objectif précis, et que le moindre respect lui interdisait de partir désormais, la voix au timbre si particulier de la jeune fille s’éleva encore une fois :


"Jolie bague"

Il tressaillit d’un battement de paupière et sourit mentalement, une onde narquoise s’insinuant en lui. C’était assez ridicule, que pour une confrérie tenue secrète, on affiche autant son appartenance. Pied de nez à qui ? Les autorités n’avaient aucun pouvoir sur le goût religieux des individus, et même s’ils désapprouvaient totalement, voir quelqu’un porter un symbole aussi ostentatoire ne comptait pas. Bien sûr, il fallait déjà connaître la signification de cette bague, mais mis à part les bas fonds de la population, elle avait déjà acquis une certaine réputation provocante. Depuis des siècles elle circulait, se dédoublait, et à cette pensée, Mikaël se retint de le faire et de tendre cette sœur à l’inconnue. « Essayes de la prendre, pour voir, si tu en es capable. » Mais c’était un désir bien trop puéril pour qu’il l’exécute et il préféra répondre plus intelligemment, tout en restant clair. Comme il reconnaissait en ces courbes féminines un caractère trop fort pour se laisser berner par les habituelles paroles mielleuses, il essaya de trouver des mots plus pertinents et sans détours.

- On n’en trouve pas dans toutes les orfèvreries, soupira t-il en attendant. Heureux qu’elle ne vous gêne pas.

Si son ton avait gardé le timbre malléable de la neutralité, le sarcasme était audible sans être vexant. Parce qu’il avait dit « heureux ? » Alors que peu lui importait ? Ou bien parce qu’il ironisait tout ce que représentait cet anneau ? Les deux étaient possibles, à la jeune femme de choisir, ou de s’en moquer. Il indiquait déjà ce qu’il pensait, elle pouvait par la suite en faire ce qu’elle préférait. Il hésitait à retomber dans un jeu de faux-semblants et de sous-entendus, mais Mikaël avait trop l’habitude de s’adresser de cette manière aux gens. Même si dans ce contexte précis, il était inutile, il appréciait la joute des valeurs et des termes soigneusement employés.

Que pouvait-il avancer ? Avait-il envie de convaincre cette personne ? Mais il ne savait rien d‘elle, et il n’était pas question de son envie personnelle. Le mot d’ordre était : « Recruter, recruter » depuis déjà assez longtemps, et même si ce n’était pas la spécialité de Mikaël qui avait des choses plus intéressantes à faire, il savait que quand l’occasion se présentait, il fallait en profiter. Alors, devant cette ouverture, il ne pouvait qu’abdiquer.

- Ou que vous ne me blâmez pas pour, ajouta t-il. De toute façon aujourd’hui rester sans opinion n’a plus de sens.

C’était vrai. Cela était à la fois lâche et soulignait une tendance à être déconnecté du monde, ou bien à n’être qu’un profiteur. Ne pas choisir, c’était aussi rester dans la population, dans cette masse grouillante qui tremblait sans réagir. Qui se taisait sous la question. Qui avait peur. Mikaël ne savait pas si l’adolescente avait une idée ou faisait partie de ce qu’il abhorrait. C’était un jeu dangereux, parce qu’il ignorait aussi les capacités et le degré de susceptibilité de son interlocutrice.

- D’autant plus que lorsqu’on est seul, on est faible. Démuni.

Il essaye de ne pas penser à ce que toute cette phrase impliquait, douloureusement, et se concentra sur ses paroles :

- Et là, grâce à cet objet, j’ai à la fois la certitude d’avoir des alliés, un objectif, une stabilité dans ce qui trouble ce monde. En un sens, c’est plutôt sécurisant et bon pour le mental, conclut-il avec un ton narquois assez marqué.

Lui bien sûr, n’avait pas vraiment besoin de cette « protection ». De toute manière, il était un cas hors norme, aux motivations exclusives. Et surtout, même s’il en donnait l’impression, il n’était pas là en l’ayant réellement voulu. Bien sûr ce qui était fait est fait, et plus que tout au monde il désirait voir ses vœux s’accomplir. Non, correction. Il voulait que les vœux de Fall se réalisent. Lui il n’en avait pas, plus. Ou du moins que la copie effacée de son maître. En y réfléchissant, il était tellement habitué à son camp qu’il ne se posait plus de questions quant à sa motivation. Il était là, il servait, il protégeait, parce qu’il avait dit qu’il le ferait. Aux sources invisibles, juste le destin. Maintenant qu’il avait posé ce pacte, il restait fatigué, épuisé par ce manque de finalités. Il avait été un certains temps où des insultes ne seraient pas passées ; désormais il les traitait avec mépris, l’ardent désir et fierté de servir Fall ayant fané, fatalement. Il avait connu une union trop forte avec ses ambitions qui le laissait bien détaché au final, et à présent qu’elles étaient réalisées dans leur plénitude, il n’avait qu’à les continuer. C’était par conséquent beaucoup moins excitant et Mikaël se serait qualifié de lassé de cette importance. D’autant plus, avec les récents problèmes qu’il rencontrait, il s’attachait à cette fatalité comme un rempart contre tous malaise.

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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Lun 30 Juin - 17:31

    Lostris observa sans aucune discrétion l’homme tressaillir des paupières, une sorte de faiblesse puissante, qui laissa place, au terme d’un bref instant, à une malice railleuse que la jeune fille savait ne pas être dirigée vers elle. C’était peut-être un peu la même qu’elle avait sentie l’envahir : cette moquerie envers la stupidité des camps qui se voulaient cachés. Mais plus que tout et contrairement à son interlocuteur, il y avait ce doute qui persistait. Amertume d’une déficience qu’elle ne pouvait calmer. Et ses yeux, de sa volonté, demeuraient accrochés aux gravures un peu froides du bijou d’argent qui continuait à luire avec une force ternie. Parce que, ce simple anneau représentait peut-être son avenir. Avenir brisé, avenir sans joie, mais avenir sauf, sans doute. Une confirmation semblait toutefois nécessaire. L’indécision ne pouvait être surpassée d’une manière si simple.

    Les traits fins et secs de l’homme la laissaient concevoir que l’être savait se montrer convainquant, et que surtout, il ne mentait pas. Plus une impression qu’une certitude, sans aucun doute, malgré tout il y avait cette sensation au plus profond d’elle-même, cette caresse qui lui confessait que la personne en face d’elle détournait, moquait, manipulait, mais ne mentait pas. Alors, les paroles étaient attendues avec avidité, espoir d’exutoire.


    « On n’en trouve pas dans toutes les orfèvreries, fut donc prononcé dans un soupir éloquent, comme pour répondre à ses attentes, bien que cela ne correspondît pas exactement à ce qu’elle avait espéré. Heureux qu’elle ne vous gêne pas. »

    Sur ces paroles, Lostris laissa un léger sourire ironique étirer ses lèvres. C’était une ironie désabusée, pleine d’un amusement que Lostris ne cherchait pas à cacher. Le ton sur lequel avait été achevée cette courte phrase était un brin sarcastique, car le jeune homme n’avait rien d’heureux. Seule l’impassibilité demeurait sur le visage de celui-ci. Peut-être tout comme elle, bouillonnait-il de l’intérieur ? Mais, sans conteste, si cela était le cas, alors il le cachait à merveille. Elle se retrouvait confrontée à une froideur inexpressive, mais qui, pourtant, lui parlait. Plus que des mots clairs, plus que des aveux directs, il y avait cette acceptation, cette curiosité indélébile que Lostris accueillait sans complexe, sans inconfort aucun.

    Et la question revenait toujours la même. Malgré ce simulacre de confiance qu’elle plaçait en ce jeune homme, pouvait-elle le suivre ? Pouvait-elle confier son destin entre les mains de cette personne à l’air si indifférent ? Mais surtout, oserait-elle ? Et, face à toutes ces interrogations, une seule revenait, profonde, puissante : pourquoi accordait-elle tant d’importance à cet être ?

    Peut-être était-ce le fait qu’elle ressentait cette présence comme une égale ? L’étrange douleur qu’elle ressentait au creux de sa gorge n’y était pour rien. Que devenait-elle ? Le monstre d’inutilité qu’elle était n’aurait pas dû se questionner ainsi. Elle dut se retenir de secouer la tête : elle ne pouvait se permettre telle démonstration de faiblesse. Elle devait attendre les paroles, et se montrer forte. Elle n’avait pas le droit d’être fragile, elle n’avait plus le droit.


    « Ou que vous ne me blâmiez pas pour, continua le jeune homme avec une neutralité parfaite. De toute façon aujourd’hui rester sans opinion n’a plus de sens. »

    Ces paroles frappèrent avec une force inouïe Lostris, qui ne put s’empêcher un imperceptible mouvement de recul, bien vite contrôlé. Ne faisait-elle pas partie de ces jeunes personnes qui restaient indécises malgré l’importante progression de cette situation de conflit ? Le mépris qu’elle avait senti dans cette phrase lui était donc adressé ? Il fallait alors qu’elle fût engagée à part entière pour avoir l’entière estime du jeune homme. Pourquoi lui prêtait-elle tant d’attention ? Elle était seule, n’avait besoin de personne. Elle était indépendante. Un animal sauvage n’a pas besoin d’une meute, ni de l’avis de ses compatriotes.

    « D’autant plus que lorsqu’on est seul, on est faible. Démuni. »

    Lostris dut retenir le rire amer qui lui coulait dans la gorge. Faible ? Démunie ? Mais, elle était seule, et bien qu’elle eût une part de faiblesse, cela ne concernait en rien le fait qu’elle fût seule. C’était cette folie qu’elle arborait qui la rendait faible, c’était ses doutes. Ses yeux se plissèrent légèrement à ses pensées. Après tout, l’autre avait raison sur le fait de n’avoir pas d’opinion. Toutefois, elle avait survécu seule pendant des années, et était-elle faible ? Les bribes se bousculaient. Etait-elle et avait-elle été faible ? Sans doute, aurait-elle pu être plus forte. Néanmoins, elle n’avait pas été démunie. Elle s’était défendue, et n’avait jamais lâché prise. L’autre se montrait bien présomptueux, et choisissait fort mal ses mots. Mais, elle laissait son attention fixée sur lui. Après tout, dans un sens, il demeurait intéressant. Et puis, il fallait qu’elle comprît ce mystère qui l’attirait tant en ce jeune homme, hormis cette ressemblance cachée qu’elle sentait en elle.

    La jeune fille darda le blond de ses yeux argent soudain sauvages, sans se départir de son sourire narquois. Elle ne daigna pas remettre en place les quelques douces mèches aux teintes auburn qui vinrent se fondre dans ses longs cils, se contentant d’attendre les paroles qu’elles savaient proches.


    « Et là, grâce à cet objet, j’ai à la fois la certitude d’avoir des alliés, un objectif, une stabilité dans ce qui trouble ce monde. En un sens, c’est plutôt sécurisant et bon pour le mental, dit l’homme aux yeux turquoises en une conclusion à laquelle Lostris ne parvenait à croire. »

    Il y avait en elle un doute qu’elle ne saurait expliquer, une impression que la personne qui avait prononcé ces paroles n’y croyait pas elle-même, qu’elle les disait car il faut le dire. Mais, sans se poser plus de questions, Lostris en vint rapidement à songer que l’homme, avec ces paroles, cherchait à la recruter.

    C’était ce qu’elle voulait, au fond. Mais, elle ne se sentait soudainement plus le cœur à avoir une opinion sûre. Elle était seule, et cela lui convenait. Cependant, pas tout à fait. Sa raison pourrait le concevoir, elle n’en avait plus après tout. Sa conscience, elle, voulait qu’elle choisisse, pour une obscure raison. Sa main glissa le long de sa dague, sa peau se brisa légèrement, Lostris n’en laissa rien paraître. La fraicheur du métal la rassurait, la confortait, et les murmures la berçaient, comme une mère qui n’est plus, mais qui continue à veiller son enfant.

    Il fallait qu’elle décide, mais, les doutes persistaient.


    « Voilà des arguments bien réfléchis, commença Lostris d’une voix neutre, le sourire ironique toujours sur les lèvres rosées. Mais, ils ne me convainquent que peu. »

    Comment pouvait-elle continuer maintenant ? Les mots devaient être choisis avec attention, sans la sauvagerie qui les caractérisait habituellement lorsqu’ils glissaient le long de sa gorge. Elle sentait une part importante d’elle en jeu, et son âme était déjà assez fracturée ainsi.

    « Comprenez, je pense mon mental plutôt inexistant, souffla Lostris dans un murmure mélodieux qui perça l’inquiétant silence de la forêt. Alors, immédiatement… Cela fait longtemps que je n’ai plus besoin de quelqu’un à mes côtés pour vivre. Je dois admettre posséder un léger penchant pour la solitude. »

    Ainsi dit, Lostris semblait réellement ne pas être attirée par la proposition implicite de l’homme. Toutefois, au plus profond d’elle-même, elle se sentait fort prête à rejoindre cette guilde, pour une raison qu’elle n’arrivait pas à saisir. Il était vrai, après tout, qu’elle n’était absolument pas convaincue par les paroles du jeune homme. Mais, elle se sentait prête à accepter cette bague, et les conséquences qui venaient avec. Cependant, les incompréhensions étaient grandes et il fallait qu’elle pût y voir un peu plus clair pour donner quelque décision officielle. Elle remua un peu la tête, ses cheveux tombèrent un peu plus sur son visage. Elle ne se rendit pas compte qu’elle semblait animal sauvage ainsi. De nouveau, elle laissa sa voix claire mais un peu rauque rompre le silence de ses cruels tranchants :


    « Je me sens toutefois intéressée. »

    Lostris avouait par cette simple phrase qu’elle avait compris la manœuvre de l’homme, et la conversation perdait ainsi les messages sous-entendus. Ce n’était plus une observation mutuelle, c’était un pacte et un avenir qui se jouait. Et la demi-elfe, pour se faire, devait se dévoiler, et dévoiler les secrets de ses sentiments les plus superficiels. L’autre devait donc en faire de même, c’était, comme précédemment, un échange mutuel.

    « Je me permets de vous demander de m’expliquer en détail ce que faire partie de la guilde de Fall implique.»

    Le regard de Lostris se fit soudain scrutateur. Elle voulait savoir les réelles conditions de vie d’une personne au service de Fall.

    « Et ne me cachez rien. »

    Lostris reprit un étrange sourire, qui derrière l’innocence des traits, laissaient percevoir les horreurs qui avait construit l’entièreté de son être, et détruit ce qui aurait pu être sauvé. Au fond de ses yeux d’argent se cachait les atrocités qu’elle avait commises, les vies qui s’étaient échappées de leur corps. Et plus que tout, derrière ce tableau presque fragile de douleur, ressortait la folie avide.
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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Jeu 10 Juil - 20:37

C’était un drôle de jeu désolant. Désolant par son côté machinal, désolant par son côté tout à fait désintéressé. Que lui importait, désormais, que cette fille rejoigne la Guilde ou pas ? Il déballait avec la même élégance d’un saltimbanque les qualités de son choix. Imperturbable à son approche, elle écoutait en silence, sans dévier le regard. Quelques gestes et tics anodins. Le sourire, accroché aux lèvres avec acharnement. Simple preuve de politesse et d’écoute. Démonstration de la réflexion sarcastique qui se déroulait. Que pouvait-elle penser ? Si elle avait déjà décidé son camp, elle devait se moquer de lui en silence, grand bien lui fasse. De toutes manières, aucuns ne se prenaient au sérieux et ils le savaient réciproquement.

« Voilà des arguments bien réfléchis, rétorqua la jeune femme de sa voix au timbre étrange, toujours neutre mais accompagné d’un soupçon d’ironie, comme lui. Mais, ils ne me convainquent que peu. Comprenez, je pense mon mental plutôt inexistant… Alors, immédiatement… Cela fait longtemps que je n’ai plus besoin de quelqu’un à mes côtés pour vivre. Je dois admettre posséder un léger penchant pour la solitude. »

Elle accompagna ce discours d’un mouvement de la tête, faisant ruisseler ses cheveux d’un brun profond comme un flot d’obscurité aux reflets épars, illuminant de l’intérieur ces cheveux qui auraient pu être banals. On devinait, grâce à l’ombre et à la lumière, la douceur de chacune des boucles soyeuses. Il pouvait presque deviner la texture veloutée que les mèches auraient eut entre ses doigts. Une certaine envie d’essayer le prit, idée saugrenue qui lui sortit de l’esprit, car elle reprenait la parole.

L’Erewent songea plutôt à ce qu’elle venait de lui faire savoir. Bien évidement, concéda t-il avec un sourire mental. Si on était débarqué un jour dans sa vie avec ce genre d’arguments, il ne serait pas là où il en était actuellement. L’inconnue aurait nécessité le même long engouement qu’il avait testé. Un subtil mélange de culture et de socialisation. D’idéalisation, probablement. Que souhait-elle ? Quel appât pouvait-il agiter sous son nez, comme un trophée ? Les gens qui l’entouraient l’avaient vite cerné pour sa part, parce qu’il avait vécu avec eux suffisamment longtemps pour qu’ils le connaissent. Mais avec la demoiselle, il n’avait pas de temps à perdre. Si elle lui ressemblait comme elle en donnait l’impression, sur le plan moral, peut-être cherchait elle juste la même chose que lui. Auparavant.

Un léger penchant. Comme nous tous. Les gens sont inutiles. Tellement. Etre entouré était superflu.

« Je me sens toutefois intéressée, disait-elle. Je me permets de vous demander de m’expliquer en détail ce que faire partie de la guilde de Fall implique. Et ne me cachez rien. »

- Mais naturellement, répondit Mikaël avec une politesse empruntée en inclinant très légèrement la tête.

Il ne se voyait pas expliquer en détail le fonctionnement interne de la Guilde. Le but était d’enrôler, pas d’écrire un rapport précis sur des informations sensées secrètes. Au pire, si finalement elle décidait de ne pas les joindre, il pouvait la tuer. Ce serait si facile, juste un contact physique, un effleurement des doigts, une feinte caresse…. Cette méthode, même douteuse, avait l’avantage d’être imparable, sauf si l’humaine possédait un de ces pouvoirs rares et qui s’appliquerait dans un cas comme ça. Ne sachant pas le degré de sa maîtrise des armes, c’était plus simple ainsi, jugea l’hybride. Il se remémora tout de même les précédentes remontrances à ce sujet.

La régénération était le pouvoir typique des Erewents, peut-être le plus monstrueux puisqu’il s’agissait de parasiter l’espérance de vie des autres. Chez Mikaël, cette capacité s’était développée grâce à la magie brute venant de sa mère. D’un seul coup, il ne s’agissait même plus de survivre au profit des autres, juste détruire, béatement. Une atteinte à la nature, somme toute. C’était sans doute à cause de ça que Mikaël se percevait plus démon qu’humain. Qu’avait il de ce côté-ci ? Juste son apparence innocente où on ne voyait pas le reflet de son esprit dénaturé. S’il se serait planté devant un miroir spécial, ce qu’il aurait vu n’aurait pas été l’habituel visage pâle et angélique qu’on lui prêtait. Ce serait plus… une vague caricature de cet être humain, avec deux abysses à la place des prunelles et tous les éléments d’un Erewent de ce nom. Il fût un temps où il s’était tellement enfoncé dans cette idée semée de culpabilité qu’il ne pouvait dormir sans y rêver sans cesse. Fort heureusement, cette période était révolue depuis une éternité et Mikaël avait cessé de se poser des questions sur ce double chimérique qui le narguait.

La Guilde fonctionnait, donc, sur un système hiérarchique particulièrement décousu. Elle fonctionnait, comme une armée, sur plusieurs niveaux. Les recrues arrivaient au plus bas échelon, naturellement, et devaient strictement obéir à tous ceux d’autorité supérieure. Ils n’étaient pas aptes à enrôler qui que ce soit, ils servaient plus de milice. Toutefois, s’ils repéraient un élément intéressant, ils étaient en droit de l’emmener et de les présenter. Les plus hauts gradés se réunissaient et formaient un conseil qui prenait toutes les décisions. S’il l’un agissait seul, il était tenu de se présenter et de répondre de ses actes. Depuis que Fall était revenu, il était bien évidemment le dirigeant de la Guilde, mais sa faiblesse magique l’empêchait d’être totalement libre de ses actes et le trois quart de la Guilde ignorait que leur Dieu logeait en haut de la Tour. Mikaël, en vertu du rôle qu’il avait joué quant à cette libération, et de son rang spécial, avait le droit d’assister et de prendre part aux réunions, sans pour autant être l’un des piliers décisifs. Il restait un subordonné, à mi-chemin entre le membre de haut niveau et le dirigeant. Place précaire, mais qui était garantie grâce à son lien unique avec Fall.

Pendant un temps, il avait eu quelques frictions avec, justement, un officier de qualité supérieure. Frictions qui s’étaient soldées par la mort de ledit officier, lors d’une dispute plutôt… animée. Cela lui avait permis de bien asseoir son autorité d’indépendant au système de la Guilde.

Il y avait, pour revenir au sujet de la formation, deux types d’apprentissage. L’un s’effectuait en groupe. Les recrues étaient endoctrinées puis insérées grâce à une cérémonie où on leur remettait leurs bagues. L’autre système était d’être l’apprenti personnel d’un membre haut placé et de recevoir sa bague de lui-même. Mikaël avait fait les deux. D’abord apprenti de Lin, puis de son ami, mais il était entré réellement au sein de l’organisation grâce à la cérémonie d’introduction avec une vingtaine d’autres personnes. Le souvenir de cette soirée était… mémorable. Surtout pour sa bêtise. Sitôt entré, sitôt partit. Vraiment dégradant.

Donc la règle était simple ; on se soumettait à son supérieur. On devait obéir aux ordres et faire de son mieux pour protéger et développer la Guilde. Garder le secret. Et surtout, ne jamais s’aviser à partir. Entré dans l’organisation signifiait expressément s’engager à vie. Normal, puisqu’il s’agissait d’un service de bras et par conséquent, d’existence. La Guilde appréciait les suicidaires prêts à tout pour leur cause et les fanatiques à moitié cinglés. Quelques siècles auparavant, c’était ce qu’on trouvait le plus et la Guilde avait alors une réputation de secte sanglante tout à fait pittoresque et ridicule. Ce léger écart mis de côté, entre les périodes de vie et de silence de l’ordre, il gardait un minimum de mystère et de dignité.

Après ce bref récapitulatif mental, Mikaël répondit :


- Votre entrée dans la Guilde se soldera par la signature virtuelle d’un contrat. En échange de la bague, vous engagez votre vie au service totale de Fall et de ses représentants. Cela ne veut pas dire que vous serez l’esclave de l’organisation, au contraire. Les membres de la Guilde sont libres d’aller où bon leur semble à condition de rester disponibles pour les missions. Ils doivent être totalement soumis aux ordres, de n’importe quel genre soient-ils. Cela peut être tout aussi bien un meurtre qu’un voyage ou une assignation aux bâtiments de la Guilde. S’occuper des écuries, du service ou de jouer l’agent double. Pour cette option, je tiens à préciser que s’engager n’est pas un acte fait à la légère.

Il prit une inspiration et ses yeux perdirent leur neutralité pour prendre un aspect glacial. Ce fut pourtant sur un ton égal mais sérieux qu’il continua :

- S’il vous prenait l’envie de vagabonder loin de la Guilde, les conséquences suivront selon vos actes. Elles peuvent être mortelles ou juste à titre de châtiment symbolique. De plus, vous risquez fortement d’être assassinée.

Charmant programme. Pour une trahison, c’était ce qu’il fallait. Mikaël avait beau avoir essayé à ses dépens, il n’en gardait pas moins l’idée que son départ était involontaire et que ces mesures étaient précieuses. De toute façon, ils étaient régis par une lointaine loi fondatrice, dominés par le réseau des bagues, et on ne pouvait rien changer.

- Une fois la bague à votre annulaire, elle y est pour toujours.

En démonstration, il entreprit d’enlever la sienne. Ses doigts s’agrippèrent à l’anneau, insistèrent. L’hybride sentit les os fragiles trembler, sans que l’objet ait fait le moindre tressaillement. L’air calme, il regarda la vieille couleur métallique s’emparer de sa peau, de plus en plus lourde, de plus en plus douloureuse. Il finit par abandonner en laissant son bras regagner le long de son corps, et observa quelques secondes les traces disparaîtrent sous cette nouvelle docilité.


- Pour être franc, je vais faire de l’anti-enrôlement. Si vous acceptez, vous commencerez par un rôle particulièrement secondaire de larbins qui, j’en suis sûr, est bien en dessous de votre valeur réelle.

Mais pourquoi il lui disait tout ça ? Que lui importait, après tout ? Il devait s’avouer qu’il se serait sentit frustré si elle venait et adoptait ce rang vaseux. Frustré, ou déçu ? Un peu des deux. Il ne put s’empêcher d’ajouter :

- Quoique…

Quoique ? Il n’avait pas le droit de faire ce qu’il faisait.

- Vous n’avez jamais rencontré de dieu ?

Oui Mikaël, amuse-toi. C’est bien. Pour une fois que tu as un bon prétexte pour rentrer.

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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Lun 9 Fév - 19:08

    Lostris ne se départit pas de son sourire, et une sorte de fossette un peu enfantine se creusa légèrement sur sa joue pâle, blême. Malgré cela, les yeux restèrent froids, l’argent animé d’une douce lueur machiavélique. Le jeu l’amusait; ses dernières paroles avaient été lancées tel un test : point de non-retour. Son esprit s’impatientait, peut-être son cœur battait-il plus fort : l’enjeu était maintenant de déterminer si cet être était si semblable qu’il le paraissait. La réponse se faisait vivement attendre : un jouet qui divertit le bambin.

    « Mais, naturellement, ne tarda pas à répondre l’homme avec un léger hochement de tête en guise de politesse. »

    Ce geste accentua encore un peu la malice cruelle qui dansaient dans les yeux de Lostris. Elle l’observa réfléchir et laissa son chef doucement dodeliner sur l’air de la valse qui s’accélérait, devenait mortelle et par là-même, plus distrayante encore. Les paroles n’étaient que des pas, des pas qui se suivaient sans autre but que celui de créer un ballet où chaque mot pouvaient devenir le pas qui le briserait, annoncerait la fin de ce jeu ô combien dangereux. L’absence de parole pouvait également se révéler être une défaite; le silence s’éternisait et surtout, le regard bleu, glacé mais brûlant, ne se trouvait plus là, dardé sur sa personne en guise de réponse temporaire. Était-ce la fin de ce manège qui s’était commencé depuis la première syllabe échangée, ou bien, se transformait-il en une chorégraphie aux risques plus grands que précédemment ?

    Lostris fixa l’autre en silence encore quelques instants, puis, avec patience, pencha légèrement la tête sur le côté en gardant ses yeux brillants sur le visage fin de l’homme. Ses cheveux, suite au mouvement, tombèrent délicatement sur sa joue, et la jeune femme, quelques seconde seulement, parut sculpture de glace. Mais cette impression disparut bien vite, en même temps que le silence se rompait, trahi par les paroles creuses du jeune homme :


    « Votre entrée dans la Guilde se soldera par la signature virtuelle d’un contrat. En échange de la bague, vous engagez votre vie au service totale de Fall et de ses représentants. Cela ne veut pas dire que vous serez l’esclave de l’organisation, au contraire. Les membres de la Guilde sont libres d’aller où bon leur semble à condition de rester disponibles pour les missions. Ils doivent être totalement soumis aux ordres, de n’importe quel genre soient-ils. Cela peut être tout aussi bien un meurtre qu’un voyage ou une assignation aux bâtiments de la Guilde. S’occuper des écuries, du service ou de jouer l’agent double. Pour cette option, je tiens à préciser que s’engager n’est pas un acte fait à la légère. »

    Les mots avaient franchi les lèvres du blond d’une traite, sans interruption, sans ferveur. C’était une sorte de discours qu’on aurait pensé appris par cœur, qui en aucun cas n’était censé convaincre, et qui surtout, et l’homme très certainement s’en doutait, ne répondait aucunement à l’interrogation qu’elle avait implicitement exprimée. Que gagnerait-elle si elle choisissait ce camp ? Qu’avait-il de mieux que l’autre ? Et surtout, surtout, lui apporterait-il un but ? Trouverait-elle une raison, certes futiles, qui pourrait justifier son existence ? Alors, elle resta de glace face à ces propos qui ne lui importaient que peu. Elle continua froidement de regarder l’homme, dans l’espoir d’une réelle réponse, car l’un comme l’autre, ils étaient pertinemment conscients qu’elle attendait toujours. Lostris ne fut pas immédiatement satisfaite.

    L’homme s’anima soudain, eut un tressaillement nerveux à son annulaire droit, là où brillait fièrement l’anneau à l’éclat d’argent, et après une inspiration profonde, sembla devenir de glace :

    « S’il vous prenait l’envie de vagabonder loin de la Guilde, les conséquences suivront selon vos actes. Elles peuvent être mortelles ou juste à titre de châtiment symbolique. De plus, vous risquez fortement d’être assassinée. »

    Lostris laissa ses lèvres s’étirer en un sourire franchement amusé et retint difficilement le « charmant », ainsi que le « expérience personnelle? » qu’elle sentait lui brûler les lèvres : elle avait le sentiment que la suite se révèlerait plus intéressante et que l’homme ne devait désormais pas être interrompu.


    « Une fois la bague à votre annulaire, elle y est pour toujours, reprit-il au bout de quelques instants. »

    Pour illustrer ses dires, d’une main ferme, il tenta de retirer l’anneau de son annulaire, en vain. Lostris le regarda avec intérêt continuer à se battre contre le métal sans espoir, fixa sans remords la peau rougir, les os sembler trembler sans qu’un millimètre ne soit parcouru par l’objet maudit. Elle poursuivit son observation, suivit la bague de ses yeux lorsque le bras de l’homme retomba mollement le long de son flanc. Était-ce ce qu’elle souhaitait ? Désirait-elle sacrifier sa liberté pour un simple but ? Se trouvait-elle prête à sentir ce bijou fatal sur son doigt frêle, à sentir la déchirure de son âme de ne plus s’appartenir ? A ces mots, elle contînt péniblement un ricanement moqueur. Elle ne s’appartenait plus depuis bien longtemps déjà. Ses serments à la lune demeureraient ses lianes jusqu’à sa mort. Un instant, elle recouvrit ses prunelles de ses paupières, une unique seconde seulement, juste le temps de se reconstruire une façade neutre.

    Puis, comme si de rien n’était, espérant que l’autre n’eût rien vu, reprit sa contemplation. L’homme semblait noyé dans ses pensées. Le silence perdurait. Lostris sentait plus qu’elle ne le voyait l’agitation qui secouait intérieurement l’ange, et elle-même, étouffée par une fièvre qu’elle ne comprenait pas, eut un bref sursaut lorsque son interlocuteur parla de nouveau :

    «
     Pour être franc, je vais faire de l’anti-enrôlement. Si vous acceptez, vous commencerez par un rôle particulièrement secondaire de larbins qui, j’en suis sûr, est bien en dessous de votre valeur réelle. »

    De surprise, Lostris inclina doucement la tête, et le mouvement qu’elle avait continué à exécuter sur un morceau imaginaire se stoppa. L’homme, clairement, n’était pas quelqu’un à reconnaître la valeur aussi ouvertement. Ne sachant quelle attitude adopter, elle resta silencieuse, et fut intérieurement soulagée lorsque l’autre rajouta un « quoique ». A ce mot, Lostris perçut un brusque changement dans la valse. Le rythme s’accélérait, devenait insoutenable et le crescendo fut marqué par la voix grave qui prononça alors avec une touche futile de moquerie « Vous n’avez jamais rencontré de dieu ? ».

    La phrase qui aurait dû semblé étonnante n’apparut qu’une suite logique aux deux interlocuteurs. La demi-elfe pesa chaque mot qu’elle allait exprimer, chaque secret qu’implicitement elle allait dévoiler. Une telle question n’aurait pourtant pas dû attendre une réponse développée, mais pour une quelconque raison, elle ne se sentait pas le cœur à répondre un simple non, auquel cas ce non s’avèrerait trahison. Finalement, après un léger et discret soupir, Lostris répondit d’une voix calme, aux notes sucrées et glacées :

    « J’en ai rencontré, très certainement. »

    Elle imagina la surprise s’installer sur le noble visage de l’homme, mais ne put vérifier si son hypothèse se révélait juste. Ses yeux se trouvaient attirés par les orbes turquoises de l’être, et rien n’existait plus si ce n’étaient cette couleur puissante, cette eau mortelle dans laquelle elle s’immergeait lentement et les paroles qui coulaient au gré de sa volonté hors de sa bouche, qu’elle sentait frôler l’air, le briser, déchiqueter un cœur qu’elle n’avait plus.

    « 
    Mais, sans doute pas au sens où vous l’entendez. »

    Elle pinça légèrement ses lèvres, grimaça à cette douleur dans sa gorge qu’elle ne voulait, ne devait pas sentir. Elle avait connu deux personnes sacrées, des personnes qui étaient parties, qu’elle avait oubliées, et qui revenaient pourtant jour et nuit la hanter, tels les vestiges d’un passé qui n’était pas le sien. Lostris était morte, ne subsistait que l’enveloppe corporelle. Néanmoins, ces personnes méritaient qu’on se souvienne d’elles, qu’elle se rappelle de qui elle avait été, avant de devenir une chose. Ainsi, étirant doucement ses lèvres fragilement craquelées, elle continua d’une voix douce mais froide et moqueuse malgré tout :

    «
     Une personne a-t-elle besoin d’être divine pour se révéler être un dieu ? »

    Elle eut un léger geste nerveux de la main, et son souffle se montra légèrement saccadé lorsqu’elle reprit finalement :

    « 
    Je suis persuadée que non. Les dieux, ceux que vous vénérez, m’ont haïe, méprisée. Certainement, ils ont eu raison... »

    La demi-elfe inspira difficilement : elle était un monstre. Des images qu’elle avait enfouies au plus profond d’elle-même dansaient devant ses yeux, la narguaient. Des éclats lumineux de rouges et d’argent, le bruit sourd de la lame qui s’enfonce dans la chair. Violemment, Lostris releva la tête et, le regard fou, les cheveux secoués par des rafales inexistantes, reprit d’une voix sauvage, basse et sourde, mais mélodieuse malgré tout :

    «
     Je suppose que votre question avait un but bien précis, néanmoins. »

    Un sourire dur orna de nouveau ses lèvres, qui, sous le geste brusque, se rompirent finalement, se couvrirent de quelques gouttes de sang qu’elle n’essuya pas. Elle était prise d’une folie inexplicable, elle était un monstre, et cette pensée réveillait toujours en elle ce côté barbare mais digne qu’elle percevait constamment au fond d’elle, derrière une barrière fragilisée par les assauts incessants de cette conscience dévastatrice.

    « 
    Convainquez-moi, poursuivit-elle finalement, les traits tombant en une mélancolie insoutenable. »

    Quelques instants, le visage resta sans masque, et quiconque le contempla put voir ce désespoir fou, cette quête de vengeance, cette fureur, le monstre qu’elle cachait habituellement. Les traits fins se tordirent en une grimace douloureuse, et les yeux brillants se plantèrent dans ceux de son vis-à-vis, alors que dans un doux murmure, elle répétait « Convainquez-moi » d’un timbre neutre, mais où vibraient la plainte et la supplique.
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Mikaël Eòghan
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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Sam 14 Fév - 15:56

Mikaël ne prêchait pas. Il ne savait pas faire. Ce n’était pas sa mission, contrairement à certains personnages charismatiques de la Guilde. Aucune ferveur fanatique n’animait sa voix, qui ne s’était même pas élevée sous le fait d’une quelconque excitation. A vrai dire, ce comportement était depuis longtemps révolu au sein de la Guilde. Sans présence réelle pour les soutenir, sans espoirs de retour et de gloire, seul le goût amer de la haine et de la vengeance était resté dans les mémoires. Le reste s’était transformé en habitudes, en actes faciles à accomplir, mécaniques. Si la prophétie du Korrigan ne s’était pas accomplie, nul doute que peu à peu, on aurait oublié les Dieux anciens dans leur prison respective. Et ils y seraient restés, immuables, jusqu’à ce le temps les efface, peu à peu, comme ils s’effaçaient de toutes les mémoires. Mais cela n’était pas arrivé. Et si les choses étaient lentes à se mettre en marche, elles le faisaient quand même. Bientôt, la Guilde aurait sûrement retrouvé le même éclat que trois milles ans plutôt. Pas un ramassis de brigands ou désespérés, mais une véritable organisation comportant des disciples intelligents et prêt à tout pour servir leur maître. Comme il se doit. Fall ne s’était pas encore révélé à sa propre Guilde, et seuls les plus hauts placés connaissaient l’identité de l’individu logeant au dernier étage de la Tour. Leur crainte était devenue forte, leur désir de le servir aussi. Plus qu’avant. Et pourtant, ils étaient les chefs de l’assemblé, reconnut pour leurs talents, leurs charismes, leurs redoutable perspicacité. Si eux s’étaient transformés aussi vite, s’étaient soumis au retour d’un ordre ancien, les basses couches de la Guilde, pour leur trois-quarts, seraient vite transcendées.

Pour sa part, peut-être parce qu’il avait consentit à l’abandon d’une partie de lui-même, purement et simplement, et qu’il avait déjà accomplit tout, qu’il avait donné son âme et sa vie pour servir au mieux Fall, il restait curieux impavide. Bien entendu, une flamme victorieuse brillait au fond en lui-même, mais l’indifférence de son maître et le manque de concrétisation l’avait couverte d’une cloche de verre aux teintes un peu tristes. C’était bien pour ça qu’il se trouvait là, et s’apprêtait à révéler un secret de la plus haute importance pour la Guilde à une parfaite inconnue. Etrangement, cela l’amusait, et il connaissait le plaisir douteux de causer du tord à quelqu’un à qui il devait tout. Une joie doucereuse, teintée de jalousie. Il ne le regrettait pas. Qu’importe la réaction de la jeune femme. Qu’importe son dégoût, ou son calme. Qu’elle s’y intéresse ou non. Mikaël ne ressentait pas le désir de l’incorporer à la Guilde. Il ne supportait plus les gens qui y étaient parce que nulle part ailleurs ils pouvaient être.

Pourtant, n’était ce pas son cas ? Lorsqu’il y réfléchissait, lorsqu’il cherchait une réponse à ses actes étranges, il ne trouvait pas d’excuses valables. Pourquoi adorait-il ce Dieu-ci et pas les autres ? Qu’est ce que celui lui apportait ? Probablement un misérable sentiment d’autosatisfaction. C’était sûrement à ça qu’il se raccrochait, pendant cette morne enfance qui n’avait comme défaut que son inutilité. C’était un vide, un vortex qui avalait tout ce qui pouvait se trouver autour de lui, indéniablement. Servir Fall avait comblé ce trou béant d’une manière incompréhensible. Une joie sauvage qui se reflétait sur la lame argentée, à l’idée de déchirer une enveloppe qu’il n’aimait pas. Une enveloppe inutile, lourde et restrictive. Faible et éphémère. C’était tout ce qu’elle méritait, après tout. Alors le plaisir qu’il avait eut à la découper, à avoir cette ultime domination sur lui-même, sur ce qu’on lui avait donné. Une joie mêlée de colère, et c’était seulement à ce moment précis que Mikaël avait appartenu à son destin, malgré toute la répulsion qu’il avait eu à l’idée d’accepter. C’était ainsi, et maintenant, regrettait-il ? Il avait la sensation d’une déchirure anormale au fur et à mesure que les mois s’écoulaient. Et c’était tellement injuste, que si on pouvait de nouveau y jeter tous ces sentiments inutiles, avec brutalité et douleur, il s’y soumettrait de nouveau sans mots, comme autrefois.

Consciente, donc, que Mikaël ne disait pas grand-chose d’intéressant, juste le discours apprit par cœur qu’on pouvait soumettre sans crainte à n’importe qui, et discours à qui lui-même n’accordait aucune consistance, l’inconnue attendait toujours les paroles suivantes, immobile et glacée comme les pierres. Au moins, il était franc avec la jeune fille. Qu’elle ne se leurre pas. Et elle n’aurait probablement pas apprécié. Malgré tout, elle était attentive, patiente. Prête à tout croire, probablement, pour échapper à une chose que Mikaël ne connaissait pas. Alors, elle hocha la tête doucement, sans pour autant que le regard de fer blanc disparaisse. Elle était trop loin pour que Mikaël puisse découvrir une quelconque notion d’émotion dans ses prunelles, et garda la même attitude en dépit des paroles insensées.

A quoi pouvait-elle songer en cet instant précis ? Rien ne permettait de le dire. Il y eut juste sa voix, qui s’éleva, avec ce timbre si particulier qui captivait immédiatement toute l’attention du demi-Erewent.

« J’en ai rencontré, très certainement. Mais, sans doute pas au sens où vous l’entendez. »

On avait l’impression que ces mots se répercutaient sans cesse contre des boucliers invisibles, durs et magnifiques, et qu’ils s’attachaient à faire voler des éclats de cette puissance pour les conserver à leurs profits. Plats, et pourtant si profonds, si mûrement réfléchis. Mikaël retint un soupir qui n’aurait pas été la progéniture d’un profond ennui. Où se trouvait le secret de cette voix ?

Il mit du temps à comprendre la sentence qui venait d’être prononcée. Cela lui permit de retenir toute intrigue sur son visage. Ah ? Très certainement ? Il était curieux de les connaître, ces dieux inconnus qui n’existaient que pour cette femme. Il concentra son regard de glace sur le visage gracieux. Une ombre semblait y être passée, et étonnamment Mikaël se sentit presque désolé d’avoir agité quelques remous secrets dans l’âme de la jeune fille. Comme pour lutter, elle reprit la parole avec une note bien plus douceâtre et emprunte d’ironie :

« Une personne a-t-elle besoin d’être divine pour se révéler être un dieu ? »

Douloureuse question. Pas pour Mikaël, en tout cas, le seul Dieu qu’il se reconnaissait était le sien. Jamais il n’aurait pu élever quelqu’un à la même hauteur, quelle que soit sa valeur. Il n’y accordait aucun crédit. Pourtant, les paroles étaient vraies, et il n’y avait qu’une réponse à cette question. Il acquiesça à peine, laissant la demoiselle à ses tribulations. Cependant, il écoutait avec attention, conscient qu’elle laissait paraître d’elle-même beaucoup plus que d’habitude. Elle poursuivit plus nerveusement :

« Je suis persuadée que non. Les dieux, ceux que vous vénérez, m’ont haïe, méprisée. Certainement, ils ont eu raison... »

Pour faire lui-même partit de la race surnommée comme elle voulait s’appeler, Mikaël contint une sorte de pensée agressive, irréelle et désagréable. Une pensée programmée, qu’il repoussa vivement. Certes, elle n’y connaissait rien, mais la partie plus sensitive du jeune homme comprenait ce qu’elle voulait dire. Bien qu’il aurait pu répondre d’un ton bien plus mordant qu’avant, il ravala ce sursaut de rage qu’il maîtrisait plutôt bien d’ordinaire. D’autant plus que ce n’était pas une bonne idée d’heurter encore plus l’impassibilité apparemment entamée de son interlocutrice. Elle venait de relever brusquement la tête, perturbant l’équilibre délicat de ses mèches qui s’emmêlèrent. Son ton s’abaissa pour vibrer d’avantage, et ses yeux d’argents dérobées à la vue de Mikaël, sans attendre une réponse, elle reprit :

« Je suppose que votre question avait un but bien précis, néanmoins.»

Bien évidemment.


« Convainquez-moi », dit-elle pour conclure en ornant son visage d’un sourire qui n’avait rien d’empathique.

Et comme elle relevait juste assez la tête pour que les cheveux bruns s’évanouissent sur les tempes, Mikaël pu voir, cette fois, car il s’était aussi approché, un mélange d’émotions violentes et contradictoires qui s’affrontaient, juste quelques secondes. Tout le marbre se craquela, et cela lui fit presque mal.

La convaincre ? Quelle perche pouvait-il lui tendre, alors que son monde s’effritait en silence ? Qu’il ne voulait pas l’abimer d’avantage ? Pour la convaincre, il aurait fallut partager des sentiments qu’il gardait pour lui, entièrement. Il n’avait aucune envie de les dévoiler, même s’il compatissait à la souffrance de la jeune femme. Pouvait-il l’abandonner là, à sa lune, après ce qu’il venait de lui dire ?

Oui, répondit une voix glaciale implacable. D’un côté, il se moquait bien d’elle, de son devenir. Mais de l’autre… De l’autre il y avait le reflet de ses propres déchirures et hésitations.


- Je ne vénère qu’un seul dieu, commença t-il en répondant à la remarque injustifiée. Ce n’est que pour lui que je suis là.

« Encore » n’était pas très loin derrière, mais ses lèvres se fermèrent avant. Son ton s’était transformé sans qu’il y prête attention en un timbre dur et métallique.

- Si vous avez besoin d’une raison pour vivre sans remords, sans que vous trouviez votre survie inutile, sans culpabilité pour les autres, vous ne pouvez qu’offrir cette vie qu’on ne vous a injustement pas reprise. Elle ne sera pas perdue.

Non, malgré les tremblements qui pouvaient imperceptiblement agités sa main, c’était vrai. Même si l’envie de déchirer de nouveau le reprenait parfois, il était arrivé à un point qu’il n’avait jamais atteint auparavant. Un esquif. Il n’y avait rien d’autres. Il ne serait rien sans.
Il ne perdait rien, se répéta t-il.


- Pas avec lui.

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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Mar 16 Juin - 19:43

    Faible. Elle était faible, ridiculement faible. Elle n'était qu'une misérable brindille balancée au gré du vent, des rafales brusques qui s'abattaient sur son frêle corps. Elle était faible, pauvre enfant au cœur déjà fissuré. Et malgré cette glace qui recouvrait toute son âme, malgré chaque cristaux froids sur ses lèvres, ses sentiments la dominaient encore. Sentiments anormaux, sentiments qu'elle ressentait dans tout son être : rage, peur, haine, désespoir. L'indifférence se mouvait en elle pourtant, sa pitié ne subsistait plus; et cependant, il suffisait de simples mots pour que chaque parcelle de son impassibilité si franche n'éclatât en milliers de morceaux aux teintes toutes différentes : rage, peur, haine, désespoir.

    Quelques simples mots, et la voilà, elle, pauvre gamine, la bâtarde de l'amour que la haine avait recueillie, toute bouleversée. Que devait penser l'autre ? Certes, il n'était pas infaillible, le masque se brisait périodiquement, mais, son âme - en avait-il une ?- ne semblait pas s'effriter au moindre son. Alors , que pouvait-il penser d'elle, à la sentimentalité exacerbée? Lui portait-il réellement intérêt, comme les turquoises dardées sur elle le laissait penser ? Ou bien, était-ce juste une illusion destinée au recrutement ? Si c'était cela, elle devrait le détruire. Il avait entrevu le monstre, elle ne pouvait le laisser vivre. Ou bien, elle ne pouvait vivre. Mais peut-être, peut-être ne souhaitait-il pas la piéger...

    Il y avait cet instinct en elle, qui lui hurlait que l'homme n'était pas des recruteurs de Fall. Alors, s'il tentait de la convaincre comme elle lui avait demandé, peut-être y avait-il une raison autre que la cause d'un dieu. Elle devait écouter, déduire, et ne pas se fourvoyer. La voix soyeuse mais dangereusement coupante s'éleva alors, comme en réponse à ses pensées.


    « Je ne vénère qu'un seul dieu, commença-t-il d'un ton traînant, sur le rythme de la valse qui reprenait. Ce n'est que pour lui que je suis là. »

    Lostris, à ses mots, redressa imperceptiblement le menton et laissa l'argent brûler son interlocuteur. Quel était le vrai sens de ces dernières paroles ? Était-ce pour Fall qu'il était encore là, qu'il survivait à défaut de vivre ? Ou bien la raison de sa présence à ses côtés, n'était que le dieu maléfique. Demeurait-il là dans le seul but de trouver un nouveau partisan de son dieu ? La magie se fit vibrante à cette hypothèse : Lostris la sentit brûlante dans ses mains. Elle réclamait vengeance. Mais elle devait attendre encore, ne pas interpréter hâtivement, ne pas laisser se dominer par ces sentiments vicieux, qui s'insinuaient en elle, si belle proie.

    « Si vous avez besoin d’une raison pour vivre sans remord, sans que vous trouviez votre survie inutile, sans culpabilité pour les autres, vous ne pouvez qu’offrir cette vie qu’on ne vous a injustement pas reprise. Elle ne sera pas perdue. »

    Lostris eut une légère moue sceptique, mais, ce qui intérieurement la surprenait, était cette facilité avec laquelle l'homme semblait l'avoir cernée. Était-elle si transparente ? Ou bien leurs ressemblances si grandes ?

    « Pas avec lui. »

    La valse devenait incertaine, le doute reprenait sa place : Lostris pouvait le constater d'un simple regard vers les mains de son interlocuteur, mains dont le frémissement était à peine senti, mais qui était bien présent malgré tout. Tremblement, preuve de la négation qui régnait en l'homme. La demi-elfe laissa un sourire danser sur ses lèvres charnues : sourire enfantin, sourire innocent, sourire dangereux. Puis, après quelques instants de silence, elle reprit la valse, l'entraînant sur un mi bémol à l'écho bien étrange, et dans un même temps, sa magie doucement se libéra. Les lianes se dressèrent presque tendrement et vinrent s'enrouler autour des jambes de l'ange, dans une étreinte mortelle. Non, pas encore.


    « Vous doutez. Vous vous leurrez. Ces paroles que vous prononcez ne sont là que pour vous convaincre, et non pour me convaincre. »

    La voix coupante sembla résonner longtemps dans l'air, longtemps après sa tombée, nocive. Lostris, enivrée de cette puissance qu'elle sentait en elle, de cette imminence inquiétante, éclata de rire. Rire cristallin, court et sec pourtant, rire fou, qui secoua un temps considérable ses frêles épaules, toute sa carcasse osseuse, et finalement lorsque l'hilarité démente se calma, Lostris semblait toujours agitée d'une étrange euphorie, les yeux plus brillants encore qu'à l'habitude.

    Retournant son attention vers le jeune homme, d'un geste hautain, elle entoura son corps de sa cape déchirée, puis s'avança, l'argent dans la turquoise. Son visage se rapprocha inexorablement de celui masculin jusqu'à ce que le rayon qui avait auparavant éclairé la bague ne vînt cruellement frapper sa pâle silhouette et ne dévoile toute sa névrose. Elle resta un long moment ainsi, immobile, laissant cette lumière la révéler, exposer l'obscénité d'un tel être. Enfin, elle continua :


    « Ne vous a-t-on jamais appris que le mensonge est une vilaine chose ? »


    Elle secoua légèrement la tête, faussement affligée, puis d'un timbre bien trop doux, s'exprima :

    « Je ne supporte pas qu'on me mente, dit-elle en plissant froidement ses yeux. Mais, estimez-vous chanceux, je suis d'humeur indulgente. »

    Ceci-dit, elle laissa les lianes se resserrer fortement un court instant, pendant lequel elle ferma ses paupières, cachant ainsi son amusement derrière les longs cils. Elle n'était pas idiote. Cinglée sans doute, mais pas idiote. Elle était parfaitement consciente de la puissance de l'autre : elle la sentait l'écraser, vibrer contre sa propre magie. S'il le désirait, il pouvait la briser en une unique seconde. C'était enivrant. Une danse, un jeu, qui ne menait qu'à une seule destination : sa mort, totale.

    « De plus, reprit-elle en découvrant les orbes d'argent, je suis moi-même d'humeur à me leurrer... »

    Elle laissa sa phrase en suspens, et pendant ce silence curieusement assourdissant, son regard vide vagabonda sur l'homme avant de finalement se bloquer sur la bague. Argentée, elle brillait d'un faible éclat et le triskell inversé ressortait étrangement. Lostris se perdit un moment encore dans les creux un peu rêches du dessin, puis, de nouveau sa voix s'éleva dans l'air :

    « Je suppose que vous avez un moyen de cacher cette bague. Elle n'est pas très discrète. »

    Après un discret soupir, elle regarda sa propre main :

    « Je suppose malgré tout que je pourrais m'habituer à celle-ci. »


    Elle eut une brève hésitation avant de conclure :


    « Avec tout ce qu'elle implique, bien sûr. »

    Après tout, ce n'était pas comme si Lostris sacrifiait sa liberté. Celle-ci était déjà tout à fait entravée par des liens autres qu'une bague. Un peu plus, un peu moins, qu'importait. Et puis, il y avait ce but : remédier à l'inutilité de son existence. Encore une fois, qu'importait que ce ne soit que leurre, si elle pouvait y croire un instant seulement, elle pouvait oublier la réalité pour toute une vie. N'est-ce pas qu'elle le pouvait ? D'un simple haussement d'épaule, elle balaya ses doutes, et d'une moue enfantine, exprima ensuite ses conditions :

    « Malgré tout, vous pourrez comprendre que je ne souhaite pas être l'un de ces laquais que vous avez mentionnés.»

    Elle dodelina sa tête, presque amusée de son effronterie, et s'approcha encore de l'homme. Lorsque son visage ne fut plus qu'à quelques centimètres de l'autre, elle souffla sur ses lèvres :

    «Je ne demande pas à être dans le haut de la hiérarchie, je souhaite juste ne pas être l'un de ces gueux. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, j'ai un minimum de fierté. »

    La fierté était son seul bien. Son âme pouvait être prise, son honneur, mais la fierté demeurerait, et puis, qu'importait qu'elle risquât sa vie pour celle-ci. Sa fierté était en jeu. Un sourire légèrement triste vint remplacer celui moqueur, avant qu'un rictus hargneux ne l'emportât.
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MessageSujet: Re: Voyage maussade [PV ]   Lun 31 Aoû - 16:40

La terre s’anima soudainement, comme possédée par le sourire qui naissait sur les lèvres de la jeune femme. Rejetant l’humus avec la conviction de la vie face aux obstacles, de fines lianes, aussi déliées que les jambes graciles face à Mikaël, vinrent s’enrouler avec douceur autour de ses propres chevilles, jusqu’aux genoux. Il les laissa faire, impassible, sans leur accorder beaucoup d’intention. Seul un imbécile n’aurait pu comprendre qu’elles étaient la création de l’esprit de son interlocutrice. Et penser qu’elles n’étaient pas capables de lui briser les jambes aussi facilement qu’un morceau de bois trop sec.

« Vous doutez. Vous vous leurrez. Ces paroles que vous prononcez ne sont là que pour vous convaincre, et non pour me convaincre. »

L’attitude du demi-Erewent revint à la normale. C'est-à-dire qu’il passe du neutre à la froideur, changement perceptible dans l’éclat impavide de son regard qui indiquait clairement qu’il n’avait rien à faire de la fille. En colère ? Non, mais les paroles lui avaient rappelés ce qu’il était et que chaque individu était classé, jusqu’à nouvel ordre, comme outils jetables. Elle aussi.

Douter ? Se leurrer ? Oui, il n’avait plus aussi bien confiance en ce qu’il faisait qu’autrefois. Faiblesse passagère, prélude d’une expiration de barrières glacées. A rebâtir, facilement. Parce qu’à avoir passé des heures à y penser, il savait exactement ce qu’il avait exécuté. Toute sa vie durant –une courte et jeune vie, il l’avouait- il n’avait été qu’un être incomplet, la moitié de quelque chose, un « demi » rafistolé avec une autre partie sans qu’on prenne le temps de voir si elles étaient compatibles. Deux natures si différentes, une si faible, une autre si sanglante, qu’elles passaient leur temps à se heurter violemment. Un être fissuré, un être faible, un être incapable de quelque chose à part crever au plus vite, ce que la nature s’était empressée de faire. Brave fille. Il avait vite compris que pour se sortir de cette horreur, il fallait détruire la velléité, l’hésitation. Et puis cesser d’avoir peur, si peur de la soif dévorante qu’il pouvait connaître rien qu’à effleurer quelqu’un.

Une peau douce, légère, aérienne. Un simple frôlement, une connexion. Une vie si chaude, si lumineuse, si enivrante. Un abîme profond, sans fin, noir, glacé. Juste la sentir avant qu’elle ne se fasse happée. Encore, toujours plus, puisqu’elle disparaissait si vite. C’était terrible. Trop court. Et pourtant… Il voulait la garder contre lui, belle, parfaite. Alors la seule solution, c’était de dévorer toujours plus, jusqu’à se rendre compte qu’il n’y avait plus rien. Etre tout perdu de cette disparition. Et en même temps si bien. Oui, c’était un jeu auquel il était si facile de se laisser prendre et il y avait foncé tête baissée, traînant les regards d’horreur derrière lui sans les comprendre. Juste savoir qu’il ne fallait pas.

Ce n’était qu’un des nombreux points, bien entendu. Il y avait aussi… La nécessité, une fois la compréhension présente, de détruire tout ce qui était un signe de cette faiblesse apparente. Faire un choix. Détruire l’autre partie, inutile, qui était responsable des déchirures. Il y avait d’abord eu le caractère, forgé petit à petit par l‘existence. Puis l’abandon, de sang-froid, par soi-même, de ce qu’à quoi l’on tenait. Oh, si elle savait comment elle l’avait aidé dans cet acte ! Comment c’était elle qui avait fait reculer cette humanité stupide dans les tréfonds où tout avait déjà disparu ? Comment elle avait fait naître cet être glacé qui avait prit les places de l‘ancien, enfin libéré des stupides entraves ? Tout cela excitée par cette chose qui disait de frapper, une fois, deux fois, encore et encore, à coup de mots, de mots durs, de mots cruels, programmation d’autodestruction inévitable. Et plus elle frappait, plus il s’éloignait, plus les coups se faisaient moins douloureux, plus son regard bleu se métamorphosait. Ne laisser voir que les croûtes de sang gelées sur les traits.

Enfin un accomplissement, que même les ongles ni le fer n’avaient réussis jusqu’alors. Déchirer le visage n’avait rien détruit de la nature profonde. Et après… Après il n’y avait que travail, demi-patience et abnégation. En plus de son âme, il y avait sacrifié son corps. Il était satisfait…

Alors non, il ne se leurrait pas. Il y avait trop de réflexions le dépassant derrière tout ça. Parfois, cela lui échappait, et il était incapable d’expliquer clairement ce qui avait motivé sa décision. C’était un acte instinctif, un cheminement mental, des mécanismes psychiques se mettant en jeu qui l’avait conduit, inéluctablement, à Fall et ce qu’il était aujourd’hui. Il n’avait pas besoin de se convaincre, mais de se souvenir. Cela, il le sut en quelques fractions de secondes. Et Mikaël resta à la regarder, elle si semblable, elle qui était, au même titre que lui, l‘assemblage divers et variés des aléas. Quelqu’un dont l’esprit avait réagit, inconsciemment, de la même façon. Où les multiples combinaisons dans les multiples choix avaient étés semblables. Cette constatation se brisa lorsque la jeune fille éclata de rire, comme si elle était arrivée au même endroit et qu’elle riait de l’ironie, de ce qu’ils étaient, de ce qu’ils faisaient, et de l’absurde de leur monstruosité. De la sienne, peut-être. Puisqu’elle ne connaissait pas Mikaël et qu’elle pouvait juste s’en douter.

Comme pour répondre à cette pensée, elle s’avança dans la lumière qui perçait de la touffeur des arbres. Dévoilant encore plus les courbes d’un corps qui, auparavant, n’était qu’une silhouette indistincte et sauvage. Ici, on voyait toutes les traces de la civilisation, des habits aux détails. Et comme si elle avait devinée qu’il avait effectivement vu tout ce qu’il y avait à voir, les dernières cartes, elle poursuivit de son timbre rauque :

« Ne vous a-t-on jamais appris que le mensonge est une vilaine chose ? Je ne supporte pas qu'on me mente. Mais, estimez-vous chanceux, je suis d'humeur indulgente. »

Trop aimable, railla Mikaël en sentant la pression des fougères s’accentuer contre sa peau, juste les secondes nécessaires pour que ses nerfs lui crient leur douleur. De multiples possibilités défilèrent ; les faire tordre de souffrance jusqu’à ce qu’elles rampent sur le sol, aspirer leur vie en même temps que celle de leur propriétaire, les trancher, puisque ses mains étaient toujours libres. Mais il préféra les laisser, ne s’en souciant guère. Comme s’il acceptait l’ascendance qu’elle cherchait à exercer, et qui n’était rien de plus qu’une tentative pour frôler l’imprudence, innocemment. Le même acte que celui qui consistait à ne pas bouger, à la laisser faire si elle souhaitait. Encore une fois, ils avaient réagis semblablement.

« De plus, je suis moi-même d'humeur à me leurrer... »

Un temps d’arrêt.


« Je suppose que vous avez un moyen de cacher cette bague. Elle n'est pas très discrète. Je suppose malgré tout que je pourrais m'habituer à celle-ci. Avec tout ce qu'elle implique, bien sûr. »

Bien sûr. La bague disparaissait selon la volonté de son détenteur et parfois sans raison, se subtilisant à la vue des uns et des autres d’une manière qui pouvait paraître illogique. Mais qui ne l’était pas.

« Malgré tout, vous pourrez comprendre que je ne souhaite pas être l'un de ces laquais que vous avez mentionnés », dit-elle encore pour que tout soit clair, et appuyant ses paroles de pas.

Leurs visages étaient près, beaucoup trop pour Mikaël qui n’aimait pas cet empiètement. Mais il savait que c’était justement là le but et ne se déroba pas, plantant ses prunelles froides dans celles métalliques sans jeter un coup d’œil au reste des traits qui lui était offert. Le doux appel d’air près de ses lèvres le laissa indifférent, tout attentif à ce qu’elle indiquait :


«Je ne demande pas à être dans le haut de la hiérarchie, je souhaite juste ne pas être l'un de ces gueux. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, j'ai un minimum de fierté. »

Sauvagerie, dans tout ce qu’il y avait de plus beau. En fait, elle était bien telle qu’il l‘avait aperçu pour la première fois. Une hamadryade qui n’avait rien de la pureté qu’on leur accordait. Ombrageuse, insolente, proche par son goût de l’amusement. Lointaine malgré la proximité. Moqueuse. Paradoxale. Inaccessible, et c’était là tout le charme indompté qu’elle possédait. Attirante comme un mythe que l’on poursuivrait en vain.

- Effectivement, il y en a un. Et au cas où l’idée de porter des gants tout le reste de votre vie ne vous convainc pas, je tiens à préciser que ce n’est pas de ce moyen là que je parlais.

Aucune ironie dans la voix, juste un calme glacé.

- Votre valeur pourra vous faire échapper à ce sort peu enviable, ajouta t-il pour répondre aux dernières remarques. Encore faut-il que vous me la fassiez connaître et que vous me convainquiez de sa réalité.

_________________
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Voyage maussade [PV ]
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